Julien Green

Julien Green

Le tribunal de grande instance de Paris vient de prononcer la résiliation judiciaire de 25 contrats d'édition signés par Julien Green entre 1993 et 1996 avec les éditions Arthème Fayard, en précisant que cette résiliation intervenait "aux torts exclusifs" de l'éditeur. Arthème Fayard est de plus condamné à payer 100.000 F (15.245 euros) de dommages-intérêts à Jean-Eric Green, le fils et légataire universel de l'écrivain décédé le 13 août 1998. Celui-ci retrouve immédiatement, précisent les magistrats, l'intégralité des droits patrimoniaux d'auteur qui appartenaient à son père.

L'avocat de M. Green, Me Olivier Sers, avait expliqué que le rôle de l'éditeur n'était pas seulement d'imprimer des livres mais "positivement de soutenir et nourrir l'enfant (l'oeuvre) que l'auteur lui confie". Or, à ses yeux, la confiance que Julien Green, entré chez Fayard en 1993, avait envers son éditeur a été en quelque sorte trahie car "il n'a pas respecté minutieusement les obligations que lui imposaient" les contrats passés entre 1993 et 1997. Trois reproches principaux: trop de livres mis au pilon, trop de livres envoyés en service de presse et surtout un tirage inférieur au minimum fixé par les contrats. Me Sers considère que l'éditeur "ne faisait aucun effort" pour Julien Green et "attendait sa mort pour rentabiliser l'investissement" (d'avoir réédité ses livres). Cette conclusion avait fait réagir son adversaire, Me Muriel Brouquet: "C'est inadmissible de dire qu'on n'a rien fait en attendant sa mort", s'était-elle exclamée en montrant deux valises pleines de volumes de Julien Green, édités en quatre ans par Fayard. L'avocate avait tout d'abord plaidé l'excellence des relations nouées entre Claude Durand (le PDG de Fayard), son directeur général Olivier Bétourné (qui suivait déjà l'auteur au Seuil) et Julien Green, en se référant à des courriers, témoignages et dédicaces de l'écrivain. Et, évoquant la "rupture totale" en juillet 1997, elle s'étonnait de l'absence de "discussions ou reproches préalables" et suggèrait qu'elle serait due à la "versatilité" de l'auteur du Langage et son double. Sur le fond, elle n'avait pas contesté les trois reproches mais avait souligné qu'ils n'avaient pas nui à l'auteur: les livres envoyés aux journalistes avaient permis de nombreux articles, "difficiles à obtenir quand il s'agit de simples rééditions" et, pour ce qui est des pilons, il s'agissait de retours des libraires, "jamais de livres neufs".

Copyright © Jean Bruno / La République des Lettres, Paris, lundi 01 juin 1998. Droits réservés pour tous pays. Toute reproduction totale ou partielle de cet article sur quelque support que ce soit est interdite. Les citations brèves et les liens vers cette page sont autorisés.

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