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Concert de l'ensemble Artango au 49 bis Montreuil

Peu de groupes du Nouveau tango composent pour la danse, et surtout pas Artango jusqu'à présent. Ne commettez donc pas l'impair de vouloir danser pendant le concert qu'ils donneront au 49bis, à moins qu'ils vous y invitent, car vous risquez de les vexer, même si le groupe ne s'oppose pas à la danse et semble maintenant s'intéresser de plus en plus à la musique de bal en travaillant depuis quelque temps avec des danseurs professionnels et des chorégraphes (en particulier Jean-Sébastien Rampazzi et Cecilia Gonzalez). Leur musique, si elle est écoutée et reconnue par les mélomanes et les connaisseurs de musique moderne, est d'ailleurs aussi parfaitement appropriée pour un petit bal tango du samedi soir, en banlieue parisienne, un soir de novembre au début du XXIème siècle. Un soir et Métropole ne sont-ils pas les titres de deux albums récents? L'univers de ce duo de compositeurs-interprètes "exilés à l'envers" -- Fabrice Ravel-Chapuis (le pianiste) et Jacques Trupin (le bandoneoniste) n'ont rien d'argentin, ils sont français d'Orléans -- relève du jazz, de la musique classique et surtout des recherches contemporaines effectuées dans le sillage de Piazzolla plus que du tango traditionnel. Toute de nostalgie, de langueurs et de brisures, c'est seulement en plus, "sans le faire exprès" disent-ils, une musique tango. C'est un tango réécrit pour nos corps et nos vies au monde d'aujourd'hui; un tango pour le stress, l'anonymat, l'environnement urbain, la violence, la dépression, la solitude, l'angoisse. . . Sentiment et émotion bien sûr aussi, comme depuis toujours dans cette tradition, mais ne comptez pas sur cette musique pour vous réfugier dans vos petites habitudes de danseurs amateurs que l'envie d'enlacement et de cadence, c'est-à-dire de réconfort et d'oubli, démange dès qu'il y a des sons et un parquet quelque part, car s'il y a une rythmique, elle est totalement déconstruite et syncopée, et les lignes harmoniques y sont souvent aussi déroutantes. Alors, oui, on peut danser sur la musique d'Artango, mais ce n'est pas aussi simple que sur les vieux Canaro ou D'Arienzo habituels, car elle ne vous autorise pas à faire l'économie de la lucidité sur votre présent. Artango, cela se danse d'abord intérieurement, avec votre autre vous-même, le corps immobile sur le parquet de vos pensées.

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lundi 4 novembre 2002