Eduardo De Gregorio

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Eduardo de Gregorio

Sortie en salles de Tangos volés.

Martin (Liberto Rabal), jeune scénariste argentin installé à Paris a du mal à percer auprès des producteurs. Il travaille pour l'heure comme projectionniste dans une boîte de production de films et tombe amoureux d'une comédienne arriviste (Sylvie Testud) qui survit elle aussi en faisant des doublages dans le même laboratoire. Il écrit pour elle un scénario qui se déroule dans dans un studio de cinéma du Buenos Aires de la fin des années 30, en plein âge d'or du tango. En lisant le scénario, elle souhaite changer son rôle. Octavio, le gardien du laboratoire, la fait alors passer de l'autre côté de l'écran grâce à une porte spatio-temporelle, pour entrer directement dans le film écrit par Martin. Celui-ci doit alors emprunter le même chemin pour la ramener, mais entretemps le personnage du film de Buenos-Aires apparaît dans le studio du Paris des années 2000. S'en suit une série de pas de deux fantastiques et fantasmatiquement argentins entre les personnages et leurs doubles, le présent et le passé, la fiction et la réalité, la France d'aujourd'hui et l'Argentine d'hier. Le film est onirique, composé de mondes parralèles, de fiction borgesienne auquel Eduardo de Gregorio a rajouté de grandes louches de melo kitsch et de tango gomina folklorique -- cinéma tango des années 30 oblige. On a toutefois un peu de peine à suivre l'histoire, qui devient vite un peu trop tarabiscotée. Comme dans le film (c'est aussi un conseil habituel à toutes les danseuses débutantes), "n'essayez pas d'anticiper, c'est déjà bien beau de suivre". Si la référence et la mythologie du tango y sont bien réelles, avec une esthétique intéressante (par exemple le traitement des couleurs et du noir et blanc entre passé et présent), la confusion et l'ennui s'installent un peu. C'est une belle idée de scénario, c'est charmant, c'est intéressant, mais le réalisateur a raté l'émotion, la passion et la poésie de l'univers tango. Dommage. On se rattrapera avec le casting et la bande son. Le choix de Sylvie Testud en femme fatale star glamour du tango est assez osé. Guy Marchand, 70 ans et toujours jeune premier dans ce film, est lui, comme toujours, impeccable. C'est un grand amateur, danseur, musicien et chanteur de tango. On se souvient de son disque Paris-Tango ("moi je suis tango, je suis toujours un peu trop", etc) et on connaît sa passion pour l'Argentine avec son club de polo, L'El Gaucho Polo Club. C'est le seul acteur populaire français capable de chanter des tangos en espagnol argentin. Les 3 ou 4 grands tangos interprétés et chorégraphiés sont assez surprenants mais ce sont sans doute les meilleurs moments du film: Malena -- enregistré par Sandra Rumolino -- en Dame aux camélias, Volver en orchestre tipica, Sur de Piazzolla, . . . A noter aussi toujours dans la bande son le morceau de rap du groupe d'origine algérienne MBS. Pour la danse et la chorégraphie, par pitié, ne copiez pas dans les bals ce que font les acteurs du film, même si on aperçoit au générique le nom de Jorge Rodriguez comme prof de danse. Le film est sorti en salles à Paris la semaine dernière mais, étant donné le manque de public (comme pour tous les films autour du tango), il va certainement disparaître du circuit de distribution sous peu. C'est un film maladroit et qui, sans doute, a souffert d'un manque de moyens, mais il présente quand même un intérêt pour tous les amateurs de tango. Allez le voir, il faut encourager les producteurs de films de tango, même si leurs films sont ratés.

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mardi 4 juin 2002