Mehdi Ben Barka

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Mehdi Ben Barka

Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, vient de lever le secret défense sur les derniers documents encore classifiés du dossier Ben Barka

Tout le dossier détenu par les services secrets français sur la disparition en 1965 de cet opposant marocain est donc désormais à la disposition de Claude Choquet, vice-président du Tribunal de Grande Instance de Paris, actuellement chargé de l'instruction de cette affaire sensible.
En 1975, huit ans après le procès, le fils de Ben Barka déposait en effet une nouvelle plainte pour "assassinat, tentative et complicité d'assassinat" et, sept ans plus tard, le premier ministre Pierre Mauroy autorisait la réouverture d'une partie des dossiers, "sous réserve que cela ne porte pas atteinte à la sécurité nationale". Environ 200 pièces qui émanaient de la DST et de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), nouvelle appellation du SDECE, restaient toutefois classifiées. Une nouvelle série de pièces furent dévoilées en janvier 2000 mais celles-ci se sont révélées également insuffisantes pour mener à terme l'instruction définitive. Ce sont aujourd'hui les 73 derniers documents manquants qui sont mis à disposition de la justice et des historiens. Ces pièces permettront peut-être de répondre enfin aux questions qui planent sur cette affaire retentissante impliquant les autorités marocaines de Hassan II et françaises du Général de Gaulle.
Le plus illustre opposant marocain en exil, Mehdi Ben Barka, a disparu le 29 octobre 1965, en plein Paris. Ce vendredi-là, Mehdi Ben Barka a rendez-vous devant la brasserie Lipp, Boulevard Saint-Germain à Paris, avec un journaliste et un cinéaste, qui envisagent un film sur la décolonisation. Il est 12h15. Deux policiers de la brigade mondaine, Louis Souchon et Roger Voitot, exhibant leur carte, invitent Ben Barka à monter à bord d'une voiture, où se trouve également Antoine Lopez, un agent des services du contre-espionnage français. Il est conduit à Fontenay le Vicomte (Essonne), dans la villa d'une figure du milieu, Georges Boucheseiche. Dès lors, on perd sa trace. Nul ne reverra vivant le principal dirigeant de l'Union des Forces Populaires du Maroc, condamné à mort par contumace par la justice marocaine, et son corps ne sera jamais retrouvé. L'enquête judiciaire fait rapidement apparaître quelques protagonistes, hommes politiques de haut niveau, agents des services secrets et truands. Coïncidence: le général Mohamed Oufkir, ministre marocain de l'Intérieur, Ahmed Dlimi, directeur de la sûreté nationale marocaine, et un certain Chtouki, chef des brigades spéciales marocaines, se trouvaient à Paris à ce moment-là. Cette affaire soulève en pleine campagne électorale en France l'indignation des milieux politiques francais, notamment l'opposition de gauche, François Mitterrand en tête. Le chef de l'Etat, le général Charles de Gaulle, dans une conférence de presse du 22 février 1966, minimise la part des services secrets français et fait porter toute la responsabilité sur le général Oufkir. Plus tard, un repris de justice, Georges Figon, affirmera avoir vu Oufkir tuer l'opposant marocain avec un poignard décroché d'une panoplie dans la villa.
L'instruction judiciaire, menée par le juge Louis Zollinger, aboutit à l'inculpation de treize personnes dont le général Mohamed Oufkir, Ahmed Dlimi, Marcel Leroy-Finville, un des responsables du SDECE (les services secrets français d'alors), Antoine Lopez et Georges Figon. Un premier procès s'ouvre le 5 septembre 1966. Six accusés sur treize sont dans le box. Les sept autres, dont Oufkir, Dlimi et Boucheseiche, font défaut. Deux coups de théâtre relancent l'affaire: d'une part l'un des accusés, Figon, est retrouvé mort à Paris et l'enquête conclura à un suicide. D'autre part, Dlimi se constitue prisonnier. En revanche, le roi Hassan II refuse que son ministre de l'Intérieur, Oufkir, comparaisse en France. Un second procès s'ouvre le 17 avril 1967 en l'absence de la famille Ben Barka, retirée des débats après le décès subit de ses principaux avocats. Le verdict du 5 juin 1967 acquitte Dlimi et les protagonistes français, à l'exception de Lopez et Souchon, condamnés respectivement à huit et six ans de prison. Mohamed Oufkir, désigné par la justice comme le grand responsable de la disparition de Ben Barka, est condamné par contumace à la réclusion à perpétuité. La condamnation par la justice française d'un ministre étranger en exercice, fait sans précédent dans le droit international, devait provoquer le gel des relations franco-marocaines pendant deux ans.

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lundi 22 novembre 2004