Eric Besson

Eric Besson

Le brûlot d'Eric Besson contre Ségolène Royal doit paraître en librairie le 20 mars mais il a déjà fait le tour de Paris au grand dam d'Olivier Nora, PDG des éditions Grasset, qui dénonce, sourire hypocrite en coin, la publication frauduleuse d'extraits dans la presse, en particulier par le très sarkozyste Figaro dans son édition du 16 mars.

Dans Qui connaît Madame Royal ?, écrit en quatrième vitesse avec le journaliste Claude Askolovitch, l'ancien secrétaire national du PS à l'économie qui a démissionné avec fracas le 21 février dernier, balance tout ce qu'il a sur la patate en souhaitant ardemment provoquer le maximum de dégats électoraux dans les rangs de la gauche socialiste. Recyclée pour le titre de son pamphlet vengeur, l'ex-"chiffreur" du programme de la candidate socialiste n'a à l'évidence pas digéré la remarque méprisante de Ségolène Royal qui, au moment de sa démission, avait lancé un "Qui connaît M. Besson ?".

Rancunier, il règle ses comptes avec celle dont il a, dit-il, "pris conscience qu'elle ne doit pas devenir présidente de la République". "Je ne le souhaite pas pour mon pays. Je le redoute pour mes enfants", écrit-il tout en fustigeant rien moins que le "populisme", le "poujadisme", l'"amateurisme" et la "démagogie" de la candidate à la présidentielle 2007. En toute mauvaise foi, il n'hésite pas à utiliser les arguments les plus rances de la droite pour la discréditer, dénonçant "l'archaïsme qui sous-tend sa pensée", estimant sa pratique du pouvoir "ultra-personnelle" et jugeant que "l'absence de maîtrise de ses propos est la marque d'une incompétence qui est quand même très lourde". Le Parti Socialiste ainsi que plusieurs de ses responsables, comme entre autres Pierre Mauroy ou Bruno Rebelle, sont eux aussi violemment attaqués. En revanche Nicolas Sarkozy y est traité avec une certaine bienveillance, ce qui, dans les rangs socialistes, vaut désormais à Eric Besson le titre de "sarkozyste honteux".

Extraits: "Je le dis sans passion aucune, calmement mais fermement: ce que construit Ségolène Royal dans cette campagne présidentielle est mensonger et dangereux, pour la gauche et pour la France. Elle prétend porter une rénovation démocratique? En réalité, elle construit un pouvoir personnel. Elle attise la méfiance envers les élus et la démocratie représentative. Elle joue de sa victimisation, elle instrumentalise le féminisme, les souffrances des femmes et celles des exclus, pour asseoir son pouvoir. Elle promeut une démocratie participative qui n'est que mascarade. Elle fait croire aux citoyens qu'ils seront les inventeurs de son programme, les vrais héros de son aventure? Tout le monde sait que c'est faux. Seule sa propre gloire la motive."

Réagissant jeudi soir sur France 2, Ségolène Royal a qualifié la publication de ce livre de "péripétie faisant partie de la rudesse de la campagne électorale".

Trop mesquin et trop outrancier, Qui connaît Madame Royal ? n'a sans doute pas plus de chances d'être pris au sérieux qu'une promesse de Nicolas Sarkozy sur la justice sociale. Il n'en reste pas moins que, après l'ancien ministre de l'éducation Claude Allègre, Eric Besson est le deuxième jospiniste à annoncer qu'il ne votera pas pour la candidate officielle du Parti Socialiste.

Copyright © Jean Bruno / La République des Lettres, Paris, vendredi 16 mars 2007. Droits réservés pour tous pays. Toute reproduction totale ou partielle de cet article sur quelque support que ce soit est interdite. Les citations brèves et les liens vers cette page sont autorisés.

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