David Vann

David Vann

On croyait avoir entraperçu la face la plus sombre de l'humanité en lisant la prophétie apocalyptique du grand Cormac McCarthy (La Route, prix Pulitzer). C'était sans compter le talent du plus méconnu David Vann (par ailleurs grand admirateur de McCarthy) et son Sukkwan Island. Ce roman, "écrit en dix-sept jours durant une traversée entre la Californie et Hawaï", selon l'écrivain, fait bien partie de ces expériences livresques qui ne peuvent s'oublier.

Jim, un peu déprimé à la suite de ses deux divorces, a le projet fou d'aller se ressourcer une année entière sur une rive déserte de la petite île de Sukkwan Island, en Alaska, emmenant avec lui son fils de 13 ans, plutôt réticent mais obéissant à un père qu'il sent au comble de la faiblesse. Admirateur de l'auteur américaine Annie Proulx, natif d'Alaska et grand voyageur, David Vann place la première partie du livre dans une veine très "nature writing": le père et son fils s'organisent pour survivre au rude hiver qui vient. Et lorsqu'ils ne pêchent pas le saumon, ils sont attaqués par un ours ou pris dans une tempête de neige.

L'existence de l'adolescent est rythmée par des jours pénibles et des nuits passées à écouter les pleurs d'un père rongé par ses vieux démons. Le livre bascule à la page 113. Comme un violent coup de tonnerre, David Vann remet tout en cause. On ne peut en dire plus. Le résultat est aussi insoutenable que magnifique.

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David Vann, Sukkwan Island (Éditions Gallmeister).

Copyright © Jean Bruno / republique-des-lettres.fr, Paris, jeudi 04 mars 2010. Droits réservés pour tous pays. Toute reproduction totale ou partielle de cet article sur quelque support que ce soit est interdite.
Noël Blandin / La République des Lettres
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