Hugo Chavez

Hugo Chavez

Le président vénézuélien Hugo Chavez a offert mercredi 20 septembre à New York une publicité mondiale au livre de l'intellectuel de gauche américain Noam Chomsky, Hegemony and survival: America's quest for global dominance. Cet essai politique, traduit en 2004 chez Fayard sous le titre Dominer le monde ou sauver la planète: L'Amérique en quête d'hégémonie mondiale (disponible en poche chez 10/18), est une virulente critique de la politique sécuritaire anti-terroriste, "injuste et illogique", menée par l'administration Bush sur la scène mondiale après le 11 septembre 2001. C'est également une interrogation sur le devenir de l'humanité exposée à de graves dangers, comme entre autres la montée du risque de conflit nucléaire, en raison de la volonté d'hégémonie des Etats-Unis.

Usant de sa tribune lors de la 61ème session de l'Assemblée générale de l'ONU, Hugo Chavez a fait l'apologie du livre de Noam Chomsky, le brandissant devant les caméras du monde entier en déclarant notamment que "Les Américains devraient lire ce livre plutôt que de regarder Superman". Résultat 48 heures plus tard: Dominer le monde ou sauver la planète est numéro un des ventes sur Amazon et numéro trois sur la liste des best-sellers de la chaine de librairie américaine Barnes et Nobles. L'éditeur Metropolitan Books vient de relancer en urgence une nouvelle impression de l'ouvrage. Noam Chomsky ne s'attendait pas à cette publicité originale mais a indiqué qu'il comprenait la colère de Chavez contre l'administration américaine néoconservatrice. Une rencontre est prévue entre les deux hommes.

La promo inattendue n'est pas sans rappeler celle donnée en janvier dernier par Oussama ben Laden au pamphlet anti-Bush de William Blum, Rogue State: A Guide to the World's Superpower (L'Etat voyou: un guide de la superpuissance mondiale), qui s'est également hissé rapidement sur la liste des best-sellers mondiaux après un message du chef d'Al-Qaeda qui le citait et conseillait de le lire.

Le discours d'Hugo Chavez devant l'assemblée des dirigeants du monde, dont une bonne partie l'a chaleureusement applaudi, n'a par ailleurs pas manqué d'autres amabilités au vitriol lancées contre George W. Bush. Faisant allusion au discours tenu la veille dans cette même enceinte solennelle par le président des Etats-Unis qui ne cesse d'émailler ses discours de références à Dieu et à la Démocratie, il l'a qualifié de "diable", de "menteur" et de "tyran". "Hier, le diable est venu ici et ce lieu sent encore le soufre. Il est venu ici comme s'il était le propriétaire du monde", a-t-il déclaré en faisant un signe de croix. Citant également, outre Noam Chomsky, le philosophe grec Aristote et le cinéaste Alfred Hitchcock, il a violemment dénoncé l'hégémonie américaine et a renouvelé ses appels à une réforme profonde de l'organisation internationale afin de réduire l'influence de Washington. A l'instar des nombreux autres chefs d'Etat de pays non-alignés qui refusent un monde unipolaire et sont devenus les bêtes noires des Etats-Unis — Fidel Castro à Cuba, Mahmoud Ahmadinejad en Iran, Bachar Al Assad en Syrie, etc.. — , il estime que l'impérialisme américain répand actuellement sur le monde "des bombes" et "une fausse démocratie de l'élite". Les Etats-Unis sont devenus selon lui "une menace pour la survie de l'humanité".

Après son discours à l'ONU, le président Vénézuélien a poursuivi jeudi sa diatribe contre George W. Bush lors d'une visite dans les quartiers pauvres de New York. Comme Jack Lang qui a récemment traité le président américain de "crétin fauteur de guerres", Hugo Chavez a délaissé la langue de bois pour le qualifier de "malade", "alcoolique", "bourré de complexes", "ne connaissant rien à la politique", "arrivé à son poste grâce à papa" et "marchant comme John Wayne", le cow-boy des westerns américains. Il a également souhaité qu'il soit "traduit devant un tribunal international pour génocide" suite aux guerres lancées contre l'Irak et le Liban.