Mahmoud Abbas
Mahmoud Abbas

Mahmoud Abbas — connu aussi sous le nom d'Abou Mazen ("Père de Mazen", son fils aîné décédé en 2002), est né le 26 mars 1935 à Safed (Galilée, dans la Palestine alors administrée par la Grande-Bretagne). Sa famille, musulmane, vit d'un petit élevage de brebis et d'une épicerie à l'usage de la majorité arabe locale (Safed compte à l'époque environ 1.000 juifs pour 20.000 arabo-musulmans)

Après la création de l'Etat d'Israël, l'armée sioniste sème la terreur dans la région pour faire fuire les arabes. Safed est bombardé en mai 1948 et sa famille doit tout abandonner du jour au lendemain. Mahmoud Abbas a 13 ans. Il fuit à pied avec sa famille vers Damas. Dans la capitale syrienne, le jeune exilé travaille comme carreleur tout en suivant les cours du lycée. Bac en poche, il part au Caire (Egypte) où il suit des études de droit. Il complète sa formation au Collège oriental de Moscou où il obtient en 1958 un doctorat en histoire.

La même année, il rencontre le jeune leader révolutionnaire palestinien Yasser Arafat, à qui il liera son destin militant, sans toutefois aller jusqu'à prendre les armes. Dès 1959, avec Farouk Kaddoumi (Abou Loutof), il participe à ses côtés à la création clandestine du Fatah, le mouvement national palestinien qu'il intègre officiellement en 1961. En 1964, il participe également activement à la création de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Jusqu'aux années '80, il suivra Yasser Arafat dans ses divers lieux d'exil tout en développant à titre personnel de très prospères affaires dans l'émirat du Qatar et dans les pays du Golfe qui financent le Fatah. En 1968, il devient membre du Conseil National Palestinien.

À la fin des années 1970, Mahmoud Abbas soutient à Moscou une thèse de doctorat en histoire consacrée à la Shoah, plus précisément sur les relations secrètes entre le parti nazi et le mouvement sioniste. Il y émet des doutes sur l'utilisation des chambres à gaz pour l'extermination des Juifs et explique que le nombre de victimes pourrait être de moins d'un million au lieu des six millions communément admis. Publiée à Amman (Jordanie) en 1984 sous le titre La Face cachée de la vérité, sa thèse sera pendant longtemps officiellement qualifiée de "révisionniste" par Israël avant d'être opportunément oubliée dans les années 2000, pour des raisons politiques, après l'acte de contrition de son auteur.

Devenu numéro deux du Fatah, Mahmoud Abbas prône la négociation pour résoudre le conflit israélo-palestinien et créer un Etat palestinien. Tout au long des années '80, il entretient des contacts avec des personnalités politiques israéliennes modérées, y compris pendant la première Intifada (1987-1993). De Tunis, il pilote bientôt les pourparlers menés en Norvège par Ahmed Koreï (Abou Ala) avec les émissaires du "camp de la paix" israélien. Il devient l'un des principaux architectes avec Shimon Peres, alors ministre des Affaires étrangères d'Israël, de ce qui aboutira en 1993 aux Accords d'Oslo sur l'autonomie de certains territoires palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Il ressent d'ailleurs une certaine amertume lorsqu'il constate que son nom n'est pas associé à ceux de Yasser Arafat, Shimon Peres et Yitzhak Rabin pour le Prix Nobel de la Paix 1994.

En 1996, Mahmoud Abbas, rentré en Palestine l'année précédente, est élu Secrétaire général du comité exécutif de l'OLP, devenant du coup prétendant à la succession de Yasser Arafat. Eternel second du leader palestinien, il est son homme de l'ombre, celui de l'appareil et des relations diplomatiques plus ou moins secrètes avec les gouvernements israéliens successifs, mais de sérieuses divergences commencent cependant à naître entre les deux militants. Il ne participe directement ni aux négociations sur le statut des territoires occupés ni au sommet pour la paix de Camp David organisé par Bill Clinton en juillet 2000.

En septembre 2000, alors qu'il vient à peine de se remettre d'un cancer de la prostate, il s'oppose à la militarisation de la seconde Intifada palestinienne et dénonce la vague d'attentats-suicides menée contre Israël par le Hamas. Il prône le dialogue et rencontre à plusieurs reprises le faucon israélien Ariel Sharon — le boucher des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, au Liban — qui arrive au pouvoir au printemps 2001 en promettant d'éliminer Yasser Arafat et les militants du Hamas. En mai 2001, peu après l'arrivée du très pro-israélien George W. Bush à la Maison Blanche, il est invité, seul, à Washington. Sa popularité décline au sein de la population palestinienne qui ne lui accorde désormais plus aucune crédibilité.

Sous la pression des Etats-unis, il est nommé Premier ministre de l'Autorité palestinienne en 2003. Il s'empresse d'accepter la feuille de route soumise par le "Quartet pour la paix au Proche-Orient" (Etats-Unis, Russie, Union européenne et Nations Unies) prévoyant la création d'un Etat palestinien, mais démissionne de son poste quelques mois plus tard à la suite de profonds désaccords avec Yasser Arafat. À la mort de ce dernier, en novembre 2004, il se porte candidat à sa succession. Malgré son âge (70 ans), son impopularité et son manque de charisme, mais grâce au soutien manifeste d'Israël et des Etats-Unis dont il devenu l'interlocuteur favori, il est élu Président de l'Autorité palestinienne en janvier 2005. Il obtient 62,32% des suffrages exprimés lors de ce scrutin boycotté par une grande partie de la population, notamment par les partisans du Hamas et du Djihad islamique.

En janvier 2006, son parti, le Fatah, perd les premières élections législatives démocratiques organisées en Palestine, distancé par le Hamas d'Ismaël Haniyeh qui devient Premier ministre. Il compose un gouvernement d'union nationale mais rompt brutalement avec le parti islamiste lorsque celui-ci expulse les forces du Fatah hors de la Bande de Gaza en juin 2007. Il limoge Ismaël Haniyeh, proclame l'état d'urgence et désigne Salam Fayyad comme nouveau chef du Gouvernement.. Quelques mois plus tard, en compagnie du président américain George W. Bush et du premier ministre israélien Ehud Olmert, il tente de relancer artificiellement le processus de paix au Proche-Orient lors de la Conférence d'Annapolis.

Son mandat se terminant théoriquement en janvier 2009, Mahmoud Abbas annonce d'abord qu'il n'est pas candidat à sa propre succession mais repousse finalement les élections et se maintient depuis tant bien que mal à la tête d'un Fatah notoirement corrompu et d'une Autorité palestinienne qui ne gouverne plus que la seule Cisjordanie grâce aux subsides versés par la communauté internationale. N'ayant obtenu aucune concession d'Israël et des Etats-Unis malgré sa soumission totale — au contraire, la politique d'apartheid, les massacres (tels celui de Gaza en décembre 2009), l'enlisement des négociations de paix et la colonisation des territoires palestiniens ne se sont jamais autant développés que sous son mandat — il est totalement décrédibilisé auprès de son peuple.

Conscient que son pouvoir ne tient qu'à un fil, il tente de retrouver un semblant de légitimité. Première initiative en octobre 2010: les négociations israélo-palestiniennes directes pour la paix sont suspendues après qu'Israël ait repris la construction des colonies juives en Cisjordanie. Seconde initiative le 27 avril 2011 lorsque, à la surprise générale, son parti, le Fatah, conclut au Caire un accord avec le Hamas — qualifié d'organisation terroriste par les Etats-Unis — afin de former un gouvernement transitoire en vue d'élections présidentielle et législatives d'ici 2012. Enfin troisième étape, face à l'intransigeance d'Israël, il rencontre tour à tour la plupart des chefs d'Etats arabes et européens à qui il demande de soutenir la création, dès l'automne 2011, d'un Etat Palestinien dans les frontières de 1967, c'est-à-dire l'intégralité de Jérusalem-Est (qui deviendrait la capitale), de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.

Près de soixante-quatre ans après l'échec du plan de partage de la Palestine sous mandat britannique, qui prévoyait la création d'un Etat juif, d'un Etat arabe et d'une zone sous "régime international particulier" pour Jérusalem et les lieux saints, Mahmoud Abbas met la communauté internationale et notamment les Etats-Unis devant leurs responsabilités en demandant officiellement l'admission d'un Etat de Palestine à l'Organisation des Nations Unies (ONU). Le 22 septembre, le président américain Barack Obama, qui avait déjà rejeté sa demande légitime de gel des colonies juives en Cisjordanie, fait part à la tribune de l'ONU de son opposition à tel projet. Il confirme ainsi que l'administration américaine posera son veto au Conseil de sécurité, seul habilité à statuer sur les demandes d'adhésion à l'ONU, comme elle le fait systématiquement pourt toute initiative contraire aux desiderata de l'Etat hébreu.

Mahmoud Abbas — qui agit dans ce dossier comme président de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), représentante des intérêts palestiniens à l'étranger — décide cependant de soumettre sa demande formelle d'adhésion le 23 septembre, sachant que malgré une très large majorité de pays membres en sa faveur — quelque 120 voix sur 193 --, le seul veto des Etats-Unis au Conseil de sécurité empêchera la création de l'Etat palestinien. Dans un discours d'une quarantaine de minutes prononcé à la tribune de l'Assemblée générale, il a vivement condamné l'attitude d'Israël, citant notamment la colonisation en Cisjordanie, la construction du mur de séparation entre les Territoires palestiniens et Israël, le blocus de la bande de Gaza ou encore l'emprisonnement politique des militants palestiniens.

Le vote à l'ONU n'interviendra pas avant plusieurs semaines. Entre-temps, le délai pourrait permettre à l'Assemblée générale d'élever le statut de la Palestine, actuellement d'observateur, à celui d'"Etat non membre observateur". Ce statut intermédiaire lui donnerait de nouveaux droits, dont notamment celui de traîner Israël devant la Cour Pénale Internationale (CPI) pour juger ses crimes jusqu'ici commis en toute impunité et pour faire reconnaître la situation illégale d'occupation de la Cisjordanie.