Bradley Manning

Bradley Manning

Le soldat américain Bradley Manning, 23 ans, serait l'homme par qui le scandale est arrivé. Ex-analyste du renseignement pendant la guerre en Irak, c'est lui que les autorités américaines accusent d'avoir fourni des milliers de documents confidentiels au site WikiLeaks qui les a ensuite rendu publics sur internet.

Déjà inculpé de douze chefs d'accusation — huit inculpations d'ordre pénal et quatre violations du règlement militaire — pour lesquels il encourait 52 ans de prison, la justice militaire de Washington vient de rajouter hier vingt-deux nouvelles charges à son dossier, dont notamment celles de "vol d'information", de "téléchargement et transmission illégale de données militaires" et de "collusion avec l'ennemi". L'accusation de "collusion avec l'ennemi" pourrait à elle seule lui valoir la peine de mort, mais les procureurs ont décidé de ne pas la réclamer. Bradley Manning, s'il est reconnu coupable, risque néanmoins une peine de réclusion à perpétuité.

Les premières charges retenues contre lui par la Justice militaire concernaient notamment "la possession et la transmission à une personne non autorisée" d'une vidéo d'une bavure de l'armée américaine à Bagdad. Dans ce document de 17 minutes classé "secret défense", des images filmées le 12 juillet 2007 montraient des civils mitraillés au sol à partir d'un hélicoptère Apache. Cette bavure a coûté la vie à deux employés irakiens de l'agence Reuters, le photographe Namir Hussein, et son chauffeur Saïd Chmagh.

Dans la seconde série d'accusation, on reproche à Bradley Manning d'avoir fourni à WikiLeaks d'autres documents militaires américains sur les guerres en Irak et en Afghanistan, ainsi que 250.000 dépêches diplomatiques du département d'Etat. Ces publications, notamment celle des câbles de la diplomatie américaine, ont provoqué la colère de Washington et l'embarras de nombreux gouvernements dans le monde entier.

Selon le Pentagone, le soldat se serait "introduit dans un logiciel interne du système informatique du gouvernement afin d'y consulter des informations confidentielles". Il les aurait ensuite "illégalement téléchargées, conservées et transmises en vue d'une diffusion publique et d'une utilisation par l'ennemi", l'acte d'accusation n'explicitant toutefois pas qui est "l'ennemi". Selon la Secrétaire d'Etat Hillary Clinton, ce serait clairement Wikileaks, qu'elle accuse d'avoir "attaqué l'Amérique".

Pour une partie de l'opinion américaine, Bradley Manning est considéré comme un "traître à la patrie" qui doit être sévèrement puni. Des personnalités du camp républicain comme Sarah Palin, Kathleen McFarland ou Mike Huckabee, entre autres, souhaitent qu'il soit jugé comme un terroriste et condamné à la peine capitale. Pour le linguiste et philosophe Noam Chomsky, membre du comité de soutien de Bradley Manning, celui-ci a au contraire "fait preuve de courage et d'intégrité envers son pays, en contribuant à rendre le gouvernement responsable devant ses citoyens et en informant son peuple de ce qu'il devait savoir".

Bradley Manning a été arrêté en juillet 2010 après s'être imprudemment vanté de ses exploits auprès d'un ancien hacker, Adrian Lamo, qui l'a dénoncé au FBI et a envoyé une copie de leurs échanges par e-mail au magazine Wired. D'abord détenu dans un centre de détention au Koweït, le soldat a ensuite été transféré aux Etats-unis où il est incarcéré dans un quartier de haute sécurité de la prison militaire de Quantico, en Virginie. En l'état actuel du dossier, c'est la seule personne officiellement poursuivie pour les fuites orchestrées par Wikileaks.

L'avocat de Bradley Manning, David Coombs, a déposé une requête contre les conditions de détention de son client. Il estime que le gouvernement américain tente d'exercer une pression psychologique sur lui, afin de l'amener à faire de faux aveux qui serviraient à inculper Julian Assange, ce dernier ayant toujours nié avoir été en contact avec le soldat. Le Pentagone a réfuté les critiques sur ses conditions de détention, estimant qu'il "n'est pas dans un trou, [..] il n'est pas traité différemment de n'importe quel autre détenu incarcéré dans un département de haute sécurité".

Le fondateur de Wikileaks fait de son côté l'objet d'une enquête de la justice suédoise, mais pour une affaire de violences sexuelles dont il nie les faits. Réfugié en Angleterre, il vient de faire appel de son extradition vers la Suède, craignant d'être ensuite remis aux autorités américaines. Pour Julian Assange, Bradley Manning est un "prisonnier politique" dont la détention est abusive, [...] "c'est un héros sans pareil", a-t-il déclaré à la presse.