Canal de Suez

Canal de Suez

Avec le vent de révolte qui souffle dans les pays arabes, le contexte géostratégique devient de plus en plus incertain pour Israël.

Son ennemi le plus craint, l'Iran de Mahmoud Ahmadinejad, vient ainsi de profiter de la chute du régime d'Hosni Moubarak, soutien notoire de l'Etat juif, pour tester l'ouverture du Canal de Suez. Ce point de passage qui relie la mer Rouge à la Méditerranée, contrôlé par l'Egypte, est en effet un axe stratégique majeur pour l'ensemble des pays de la région, tant sur le plan économique que politique et militaire.

Aujourd'hui, après plusieurs jours d'incertitude et pour la première fois depuis 1979, les autorités égyptiennes ont autorisé deux bateaux de guerre iraniens à emprunter le Canal de Suez. Selon les agences de presse iraniennes et égyptiennes les deux bâtiments — le navire de ravitaillement "Kharg" (33.000 tonnes, 250 membres d'équipage, trois hélicoptères) et la frégate de patrouille "Alvand" (équipée de torpilles et de missiles)-- ont commencé à remonter le Canal ce matin dès l'aube. Ils se trouvent désormais dans les eaux méditerranéennes, face à Israël.

Selon un responsable de l'armée égyptienne, ils ne transportent ni matériel militaire ni armes chimiques ou nucléaires. L'autorisation a été donnée conformément au droit maritime international, en vertu de la Convention de Constantinople (1888) qui autorise le passage de navires militaires par le Canal de Suez en dehors des périodes de guerre, sous réserve d'une autorisation du Caire et contre paiement d'un droit de transit (fixé en l'occurence à environ 300.000 dollars pour les deux navires iraniens). Des bateaux du monde entier, et en particulier de l'armée américaine, bénéficient depuis toujours de ce droit.

Pour Téhéran, il s'agit d'un exercice de formation d'élèves officiers de marine contre la menace récurrente d'attaques de bateaux par les pirates somaliens. Après avoir traversé le Golfe d'Aden et la Mer rouge en faisant escale notamment à Djedda (Arabie saoudite), les deux navires ont emprunté le Canal de Suez pour rejoindre le port syrien de Latakia via la Méditerranée, sans pénétrer dans les eaux territoriales israéliennes. Une source diplomatique iranienne précise qu'il s'agit d'une "visite de routine, conforme aux lois internationales, qui s'inscrit dans le cadre de la coopération entre l'Iran et la Syrie". Les deux bâtiments doivent revenir en Iran début mars, en repassant de nouveau par le Canal de Suez.

L'Etat juif, qui considère Téhéran comme un danger majeur pour sa sécurité, s'inquiète lui du passage de ces bateaux au large des côtes israéliennes, d'autant plus qu'ils doivent rallier la Syrie, qu'il accuse comme l'Iran de livrer des armes à l'un de ses principaux ennemis, le Hezbollah libanais d'Hassan Nasrallah.

Pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu, "Israël considère avec gravité cette initiative". Il a d'ores et déjà annoncé l'augmentation du budget de défense afin de renforcer la sécurité face "à l'instabilité de la région". Le ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, faucon de l'extrême-droite nationaliste, parle pour sa part de "provocation". Selon lui, "Il s'agit d'une présence militaire iranienne en Méditerranée sans précédent, et cela constitue une provocation à laquelle la communauté internationale doit réagir avec fermeté". Le ministre de la Défense Ehud Barak indique de son côté qu'Israël "suit attentivement les mouvements des bateaux iraniens et en informe ses alliés", c'est-à-dire la puissante flotte américaine qui croise dans le secteur.