Frères musulmans

Frères musulmans

Quatre jours après le renversement du régime d'Hosni Moubarak, les Frères musulmans annoncent qu'ils formeront un parti politique lorsque les nouvelles autorités égyptiennes en donneront officiellement la possibilité.

Pour l'instant la Constitution égyptienne interdit en effet la création de partis politique sur une base religieuse. Une loi interdit en outre la création de tout parti sans l'autorisation du parti de l'ex-président Moubarak, le Parti National Démocrate (PND), dont le siège a été incendié par les manifestants pendant la "Révolution du Nil".

"Les Frères musulmans croient en la liberté de former des partis, et sont donc déterminés à se doter de leur propre formation politique", a déclaré ce mardi Mohammed Mursi, porte-parole du mouvement islamiste. "Nous réclamons une période de transition d'un an durant laquelle les partis et les organisations seront libres d'exercer leurs activités", ajoute-t-il.

Dans un précédent communiqué, la confrérie indique qu'elle ne cherche pas à conquérir le pouvoir en Egypte et qu'elle ne se présentera pas aux élections présidentielles prévues en septembre prochain: "Les Frères musulmans ne recherchent pas de profits personnels, par conséquent, ils annoncent qu'ils ne seront pas candidats à la présidence et qu'ils ne chercheront pas à obtenir une majorité au parlement", affirme-t-elle.

Officiellement interdite en Egypte depuis 1954, mais toutefois tolérée dans les faits par Hosni Moubarak en raison de son profond entracinement dans la société égyptienne, la confrérie des Frères musulmans, la plus ancienne de l'islamisme sunnite — elle a été fondée en 1928 par Hassan al-Banna --, est aujourd'hui la principale force d'opposition organisée du pays. Brutalement réprimée dans les années '50 et '60 par Nasser qui fait tuer, torturer et emprisonner des milliers de ses membres, elle réintègre progressivement la vie égyptienne après l'amnistie générale décrétée par Anouar el-Sadate. En 2000, elle parvient à faire élire 17 de ses candidats sous une étiquette "Indépendants" au Parlement du Caire. En 2005, 88 députés sur 454 au total la représentent dans la même assemblée. Mais en novembre 2010, elle se retire totalement du processus électoral législatif, estimant que le scrutin est entaché de fraudes massives au profit du pouvoir en place.

Le mouvement des Frères musulmans suscite la crainte irraisonnée du camp israélo-occidental qui redoute l'instauration d'une République islamique égyptienne calquée sur le modèle iranien. Mais selon tous les observateurs sérieux, la confrérie islamiste est loin d'être majoritaire, représentant tout au plus 25% à 30% des intentions de vote. Par ailleurs, même si certains de ses dirigeants conservateurs comme Mohammed Badie (guide suprême depuis janvier 2010), Mahmoud Ezzat ou encore Khaïrat al-Chater prônent la loi islamique, le mouvement compte aussi en son sein des courants plus modérés dont la préoccupation est plutôt sociale. Enfin la "Révolution du Nil" est le fruit du peuple égyptien dans toute ses composantes et notamment d'une jeunesse issue des classes moyennes qui aspire avant tout à une démocratie et un gouvernement laïc.

Pour l'ismalogue suisse d'origine égyptienne Tariq Ramadan, "les Frères musulmans ne sont pas maîtres du jeu". Selon lui, le mouvement est "divisé entre une mouvance que l'on pourrait qualifier de salafiste traditionnelle et conservatrice, et une autre, plus moderne, qui partage les points de vue du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et son évolution. Cette dernière, plus en phase avec les aspirations des jeunes, est une force qui compte notamment dans le mouvement transpolitique Kefaya ("Ça suffit !"). Il estime que "les Occidentaux vont devoir faire leur examen de conscience et arrêter de fustiger les opposants aux dictateurs pour justifier les dictatures".