Julian Assange

Julian Assange

On ne sait trop si Julian Assange, co-fondateur du très gênant site Wikileaks, est un homme sympathique, mais il est assurément romanesque. Et pour beaucoup de journalistes, éditeurs et autres producteurs télé/cinéma, sa formidable aventure, avec tout ce qu'il faut de rebondissements et d'ingrédients nécessaires à un bon roman-feuilleton populaire — sexe, politique, espionnage, justice, etc... --, fait avant tout vendre.

Avec le souci de discréditer Wikileaks, c'est sans doute la principale motivation à la sortie simultanée dans pas moins de quinze pays du livre de Daniel Domscheit-Berg intitulé Inside Wikileaks: dans les coulisses du site internet le plus dangereux du monde (à paraître en France aux Éditions Grasset). L'auteur, un jeune informaticien allemand, bras droit de Julian Assange de 2007 à 2010, y raconte ses "années Wikileaks". Avec force anecdotes, et aussi pas mal de ressentiment contre son ex-patron, l'auteur que certains disent téléguidé par la CIA, confesse tout ou presque, des débuts sur le simple mode hacker du dimanche pour les premières "fuites" (Leaks en anglais) à la divulgation mondiale des 250.000 dépêches de la diplomatie US, en passant par les fraudes fiscales de la banque suisse Julius Baer, la vidéo d'une grosse bavure mortelle de l'armée US en Irak, les 77.000 documents secrets sur la guerre en Afghanistan ou encore les 400.000 rapports militaires américains tout aussi secrets sur la guerre en Irak.

Tout commence en 2007, un an après la fondation de Wikileaks. Julian Assange et Daniel Domscheit-Berg, qui partagent la même passion pour le piratage informatique, font connaissance via un club de hackers allemands, le Chaos Computer Club. Impressionné par le projet Wikileaks, le second, qui travaille à l'époque dans la sécurité informatique, rejoint très vite le premier dans sa croisade pour "l'ouverture et la transparence des systèmes fermés", c'est-à-dire contre la censure politico-médiatique qui dissimule les réalités des affaires du monde aux citoyens. Ensemble, ils mettent sur pied la machine à infos qui fait aujourd'hui trembler les pouvoirs politiques et financiers de la planète.

Sous le pseudonyme de Daniel Schmitt, Daniel Domscheit-Berg devient le porte-parole et numéro 2 de l'organisation, mais il est moins idéaliste et moins téméraire que Julian Assange. Il prend peur lorsque, après les détectives privés, ce sont les services secrets des gouvernements et les grands médias du monde entier qui commencent à s'intéresser de près à Wikileaks. Conscient de l'énormité des risques pris, il tente de freiner la croisade pour la transparence lancée par son ami. Il quitte le navire, où plutôt il est débarqué au cours de l'été 2010, quelques mois avant la publication des 250.000 dépêches diplomatiques ultra-confidentielles envoyées à Washington par les ambassades US à l'étranger.

Fin janvier 2011, Daniel Domscheit-Berg lance un site concurrent baptisé OpenLeaks. Tout comme WikiLeaks, sa plate-forme internet a pour projet de révèler au public des documents confidentiels politiques, militaires ou économiques, fournis par des sources fiables à qui l'on garantit l'anonymat. Mais plutôt que de publier tels quels les documents, OpenLeaks préfère servir de boîte aux lettres pour les transmettre aux grands médias qui souhaiteraient les publier. Le site n'est pas encore opérationnel, faute de financement semble-t-il, mais les avances sur droits d'auteur versés pour Inside Wikileaks devraient sans doute remédier en partie au problème.

Ce d'autant plus que, avec un sens consummé de la communication, Daniel Domscheit-Berg présente Inside Wikileaks comme un livre de confessions éminemment croustillant, avec nombre de détails inédits sur les coulisses de Wikileaks et tout autant d'appréciations sur la personnalité du très secret et mystérieux Julian Assange. Selon lui, le fondateur de Wikileaks est certes un libre-penseur "énergique et génial", mais c'est aussi un irresponsable asocial, égocentrique, mégalomane, bipolaire, tyrannique, avide de pouvoir et paranoïaque. "Les enfants comme lui ne devraient pas jouer avec une arme à feu", estime-t-il.

Outre Inside Wikileaks de Daniel Domscheit-Berg et Open Secrets, publié récemment en format électronique par Bill Keller (rédacteur en chef du New York Times), un nombre impressionnant de livres sur Wikileaks et sur Julian Assange vont bientôt venir garnir les vitrines des librairies, dont sa propre biographie. L'essai biographique The Most Dangerous Man in the World, de Andrew Fowler, devrait également être adaptée prochainement au cinéma.

Objet de toutes ces flatteries, le fondateur de Wikileaks, actuellement en liberté surveillée en Angleterre, est pour l'heure dans les lignes de mire du Pentagone, qui envisage de l'accuser d'espionnage, et de la justice suèdoise qui tente de le faire extrader pour le juger dans une sombre affaire de moeurs. Il promet de nouvelles révèlations susceptibles de faire "tomber une ou deux grandes banques".