George W. Bush

George W. Bush

L'ancien président néoconservateur des Etats-Unis, George W. Bush, ne viendra pas discourir en Suisse sur ses huit années passées à la Maison Blanche.

L'organisation juive Keren Hayesod / UIA (United Israel Appeal), qui l'avait invité à son dîner de gala du 12 février prochain destiné à collecter des fonds pour l'Etat d'Israël, a en effet préféré annulé son intervention face au tollé suscité par sa venue à Genève, ceci officiellement "pour ne pas mettre en péril les personnes et les biens". Dans un communiqué, l'association présidée jusqu'à il y a peu par Avi Pazner (ancien ambassadeur d'Israël en France et ancien porte-parole des gouvernements d'Ariel Sharon et d'Ehud Olmert), déclare maintenir son dîner de 600 personnes à l'Hôtel Président Wilson de Genève (parrain de la rencontre) mais s'insurge contre "un coup grave porté aux libertés" et une "campagne calomnieuse" menée à l'encontre de son invité.

En réalité, outre les risques de recevoir une nouvelle chaussure lancé par un manifestant, George W. Bush fait l'objet de plaintes au pénal pour "tortures" déposées auprès de la Justice suisse par des associations comme la Fédération Internationale des Droits de l'homme (FIDH) et Amnesty International, ainsi que par un ex-prisonnier du camp de Guantanamo, Sami El Haj, torturé de décembre 2001 à mai 2008 par l'armée américaine. Le 43e Président des Etats-Unis risquait sérieusement d'être arrêté comme un vulgaire criminel s'il mettait les pieds à Genève. À tout le moins, au cas où il aurait opposé son immunité de fonction à vie, le procureur du canton de Genève aurait dû se prononcer sur le fond de l'affaire.

Dans son livre de mémoires (Instants décisifs) ainsi que dans un entretien télévisé, George Bush a reconnu avoir donné personnellement son aval à des "techniques d'interrogatoire poussé", et en particulier au waterboarding pour interroger des détenus soupçonnés d'être des "terroristes" par la CIA. La technique du waterboarding, ou simulation de noyade, assimilée à un acte de torture, consiste à attacher les détenus la tête en bas et à leur verser de l'eau dans le nez et la bouche. D'autres pratiques consistaient à maintenir les prisonniers dans la position debout pendant des heures ou à les priver de sommeil.

Compte tenu des lois internationales et des traités des Nations Unies ratifiés par la Suisse — Conventions de Genève, Convention de 1984 contre la torture, etc — qui interdisent d'infliger aux prisonniers, et aux êtres humains en général, des traitements cruels, inhumains et dégradants, compte tenu également du droit confédéral hélvétique, la justice était légalement contrainte d'arrêter l'ancien président américain lors de son arrivée sur le territoire national.

Afin d'appuyer les plaintes, l'Organisation Mondiale contre la Torture (OMT), basée à Genève, a écrit directement à la présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey, en faisant valoir "un faisceau convaincant de preuves" démontrant que George Bush a délibéremment violé la Convention de l'ONU contre la torture durant ses deux mandats, de 2001 à 2009. Avec elle, une trentaine d'ONG et de partis politiques suisses regroupés en collectif entendent poursuivre l'auteur d'Instants décisifs pour "crimes de guerre et crimes contre l'humanité".