Ali Saleh

Ali Saleh

À Sanaa, capitale du Yemen, le président Ali Abdallah Saleh vient d'annoncer qu'il renonçait à se représenter à l'issue de son second mandat qui arrive à expiration en 2013.

Comme Hosni Moubarak en Egypte, Ali Saleh espère ainsi désamorcer une contestation qui a déjà vu le mois dernier quatre tentatives d'immolation par le feu ainsi qu'une mobilisation de plus de 15.000 manifestants à Sanaa. La nouvelle "Journée de colère" prévue demain s'annonce à hauts risques.

Fortement soupçonné de vouloir transmettre le pouvoir à son fils aîné Ahmed (chef de sa garde républicaine), Ali Saleh a précisé qu'il était également "contre la transmission héréditaire du pouvoir". "Aucune prolongation, aucune succession, aucune manipulation avec les mandats", a-t-il insisté devant le Parlement, l'État-major de l'armée et la Choura (conseil tribal), réunis ce mercredi en session extraordinaire.

Le président yémenite, au pouvoir depuis 1978 (mais élu pour la première fois au suffrage universel direct en 1999 puis réélu en 2006), a également décidé de reporter les élections législatives initialement prévues le 27 avril, celles-ci étant fortement contestées par les élus de l'opposition en l'absence de réelle réforme politique. Toujours "dans l'intérêt national", il a annoncé qu'il gelait aussi les amendements constitutionnels en cours. Une révison de la Constitution, proposée par le Congrès Populaire Général (CPG) actuellement au pouvoir, devait en effet être examinée prochainement en vue de supprimer la limitation du nombre des mandats consécutifs du président, laissant ainsi à ce dernier la voie libre pour un maintien à vie à la tête de l'Etat.

Ali Saleh a enfin multiplié les mesures sociales et économiques, dont notamment une augmentation des salaires dans la fonction publique, une réduction de l'impôt sur le revenu, une extension de la couverture sociale à 500.000 nouveaux bénéficiaires, et la création d'un fonds pour l'emploi des diplômés de l'université. En contrepartie de ces concessions, il a demandé à l'opposition de suspendre son mouvement et de participer à la formation d'un "gouvernement d'union nationale", ce que cette dernière a aussitôt refusé, jugant bien "tardif" son appel au dialogue.

Contesté par l'opposition — unie en un "Front commun" composé entre autres de militants d'Al-Islah (un mouvement politique islamiste mêlant salafisme et féminisme dirigé par Tawakel Karman), d'étudiants et de défenseurs des Droits de l'Homme — le régime d'Ali Saleh, principal allié des Etats-Unis dans la lutte contre Al-Qaida, doit aussi faire face à une insurrection tribale des chiites Houthis dans le nord du pays et à un mouvement sécessionniste dans le sud.

Avec un revenu moyen de 70 euros par habitant et un taux de chômage de plus de 30%, le Yémen, 24 millions d'habitants au total, est un des quinze pays les plus pauvres du monde.