Mohamed El Baradei

Mohamed El Baradei

Juriste et diplomate issu d'une famille de notables égyptiens, Mohamed El Baradei est né le 17 juin 1942 au Caire (Égypte). Son père, Mostafa ElBaradei, est avocat. Ancien président de l'Association du Barreau égyptien, celui-ci prônait déjà sous Nasser les Libertés civiques et les Droits de l'Homme.

Mohamed El Baradei suit ses études à l'Université du Caire, où il passe une licence de droit en 1962, avant d'intégrer deux ans plus tard les services diplomatiques égyptiens. Dépêché par son pays auprès des Nations Unies à Genève et à New York, il travaille comme responsable des questions politiques et juridiques sur les armements. Il participe à ce titre aux travaux des diverses instances de l'ONU comme l'Assemblée générale, la Commission des Droits de l'Homme et le Conseil de sécurité.

En 1974, après un Ph.D (doctorat) de Droit international délivré par la New York University School of Law (Etats-Unis), Mohamed El Baradei est nommé Conseiller spécial du ministre égyptien des affaires étrangères, poste qu'il occupera jusqu'en 1978. Pendant cette période, il participe à diverses négociations internationales, dont notamment celle qui aboutira le 18 septembre 1978 aux accords de Camp David établissant la Paix entre Israël et l'Égypte. Par la suite, il travaille égalemment au sein de délégations égyptiennes auprès de l'Organisation Internationale du Travail (OIT), de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) ou encore de la Ligue des États Arabes (LEA).

En 1980, il quitte les services diplomatiques égyptiens pour réintégrer l'ONU où il est chargé du programme de droit international à l'Institut des Nations Unies pour la Formation et la Recherche (UNITAR). De 1981 à 1987, il donne parallèlement des cours de droit international à la New York University School of Law.

En 1984, il entre comme Conseiller juridique au Secrétariat général de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique (AIEA). En 1991, après la première guerre du Golfe, il est dépêché à Bagdad pour contrôler la nature du programme nucléaire irakien. Il devient ensuite assistant du directeur des relations extérieures de l'agence de 1993 à 1997, puis Directeur général à compter du 1er décembre 1997. Réélu pour deux mandats consécutifs de quatre ans en septembre 2001 et en juin 2005, il conservera son fauteuil de directeur de l'AIEA jusqu'en novembre 2009. La politique qu'il mène au sein de l'AIEA est clairement favorable au développement de l'énergie nucléaire civile dans le monde mais totalement opposée à une utilisation à des fins militaires.

Cette ligne directrice affirmée sera récompensée en octobre 2005 par le Prix Nobel de la Paix, décerné conjointement à Mohamed El Baradei et à l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique pour leur lutte contre la prolifération des armes nucléaires.

En 2003, lors de l'invasion de l'Irak par l'armée américaine, il doute publiquement du bien fondé de cette agression et réfute devant l'ONU les "preuves" apportées par les émissaires de George W. Bush (Colin Powell et Donald Rumsfeld) qui affirment que Saddam Hussein possède des armes de destruction massive. Il reproche à l'administration Bush d'avoir décidé seule l'intervention militaire, sans tenir compte des travaux de l'AIEA. L'avenir lui donnera raison.

Quelques années plus tard, il s'oppose de nouveau au couple Etats-Unis / Israël, mais aussi à la France de Nicolas Sarkozy, sur la question du Nucléaire iranien. S'avouant être très inquiet des préparatifs militaires autour du Golfe persique il met en garde contre le "désastre" que représenterait une attaque contre l'Iran. Persuadé que les sanctions sont inefficaces et qu'on ne règle rien par la guerre, il fait tout pour éviter une intervention militaire contre l'Iran. Une intense campagne de diabolisation est dès lors lancée contre lui dans les chancelleries et les grands médias occidentaux pro-israéliens, qui l'accusent de se ranger dans le camp de Mahmoud Ahmadinejad et exigent son départ de l'AIEA.

En 2008, il est l'un des rares hauts fonctionnaires internationaux à prendre le risque de critiquer Israël lorsque Tsahal bombarde ce qu'elle prétend être un réacteur nucléaire en Syrie. Ses détracteurs l'accuseront de nouveau de faire preuve de complaisance vis-à-vis de Damas et de Téhéran.

Également opposant résolu au régime du président égyptien Hosni Moubarak, en place depuis près de trente ans via son Parti National Démocratique (PND), Mohamed El Baradei annonce en février 2010 qu'il souhaite être candidat à l'élection présidentielle de septembre 2011, "si le peuple le lui demande" et si les élections sont "honnêtes et libres". Il dénonce la corruption et l'absence de développement économique qui maintient sous le seuil de pauvreté (moins de 2 dollars par jour et par personne) plus de 40% des 80 millions d'Egyptiens.

Depuis son retour au Caire en février 2010, après trois décennies passées à l'étranger, il tente de fédérer l'opposition égyptienne. Faute d'appartenir à un parti d'opposition officiellement reconnu, il s'allie aux organisations pro-démocratie, se rapproche également des Frères Musulmans qui soutiennent ses projets de révision constitutionnelle, et fonde un mouvement politique: l'Association Nationale pour le Changement. À l'automne 2010, il appelle au boycott des élections législatives, ainsi qu'au boycott de la future présidentielle si la Constitution égyptienne n'est pas remaniée pour permettre les candidatures indépendantes comme la sienne.

En janvier 2011, Mohamed El Baradei participe activement à la contestation anti-Moubarak, se disant prêt à mener une transition démocratique. Homme de conviction, érudit austère, politicien expérimenté réputé intègre, il est soutenu par les laïcs, la jeunesse et les classes moyennes qui voient en lui l'homme du renouveau de l'Egypte, même s'il n'a pas encore réussi à se couler totalement dans le costume de leader de l'opposition. Les pays occidentaux comme la France et les Etats-Unis, qui s'accomodent très bien du régime de leur ami Hosni Moubarak, ne le soutiennent pas franchement. Mohamed El Baradei est à leur yeux trop "tiers-mondiste" et trop "diplomate" pour accéder au pouvoir, d'autant plus que, en phase avec le peuple égyptien et allié aux Frères musulmans, il pourrait remettre en cause les accords stratégiques et militaires conclus avec Israël, l'Otan et les Etats-Unis, ces derniers finançant l'omniprésente armée de Moubarak à hauteur de 1,3 milliard de dollars par an (contre 250 millions d'aide économique).

Présent au Caire fin janvier 2011 pour participer au mouvement de contestation, il appelle les Egyptiens à tourner la page Moubarak: "Si les Tunisiens l'ont fait, les Egyptiens devraient y arriver", affirme-t-il. Le 28 janvier 2011, alors que la contestation anti-Moubarak s'amplifie, il est brièvement arrêté pendant une manifestation au Caire. Il estime que les Etats-Unis perdent leur "crédibilité" en appelant à une démocratisation en Egypte tout en continuant de soutenir le raïs. "Même si j'ai beaucoup de respect pour Barack Obama, assigner la tâche de mettre en oeuvre des réformes économiques et politiques à un homme qui est à la tête d'un système autoritaire et au pouvoir depuis 30 ans, c'est un paradoxe. Le premier véritable changement vers la démocratie, ce serait d'assigner cette tâche à un démocrate", déclare-til à la presse. La "Révolution du Nil" est lancée.

Le 30 janvier 2011, malgré les nominations d'un nouveau Premier ministre (Ahmed Chafik, ministre de l'aviation) et d'un Vice-président (Omar Souleiman, chef des services secrets, chargé depuis dix ans de la médiation dans le conflit israélo-palestinien) — les deux ayant notoirement les faveurs d'Israël et des Etats-Unis --, Mohamed El Baradei s'adresse par haut-parleur à des milliers de manifestants réunis dans le centre du Caire, leur promettant "une ère nouvelle". "Nous avons une demande essentielle: le départ du régime et le début d'une nouvelle ère, une nouvelle Egypte, dans laquelle tout Egyptien vivrait dans la liberté et la dignité", déclare-t-il. Le même jour, il est chargé par la Coalition Nationale pour le Changement, dont fait partie la Confrérie des Frères Musulmans (première force d'opposition en Egypte), de "négocier" avec le régime d'Hosni Moubarak pour assurer la transition.

Le 01 février 2011, lors de la manifestation historique qui rassemble plus d'un million de personnes au Caire, il pose un ultimatum à Moubarak, lui demandant de partir "d'ici à vendredi" au plus tard, et déclare, en accord avec l'ensemble de l'opposition, qu'aucune négociation pour la formation d'un gouvernement d'union nationale ne sera entamée avant son départ. Au cours d'une discussion avec l'ambassadrice américaine Margaret Scobey, il propose un scénario de sortie de crise qui verrait Omar Souleimane assurer une présidence intérimaire dans l'attente d'une révision de la constitution permettant des élections législatives et présidentielle libres.

Le 11 février 2011, alors que le peuple égyptien obtient enfin la démission du président Moubarak après dix-huit journées d'intense mobilisation, Mohamed El Baradei déclare à l'agence Reuters: "C'est un grand jour. La vie recommence pour nous. Nous attendions ce jour depuis des décennies. Nous sommes impatients de travailler avec l'armée pour préparer l'organisation d'élections libres et justes. Je m'attends à une période de transition et de partage de pouvoir entre l'armée et le peuple. [...] L'Egypte d'aujourd'hui est une nation libre et fière."

Concernant son propre avenir, alors qu'un Conseil suprême des forces armées est chargé d'assurer la transition, il annonce le 09 mars 2011 son intention de se présenter à l'élection présidentielle qui doit se tenir avant la fin de l'année.

Mohamed El Baradei est l'auteur de nombreux livres et articles sur les questions de paix, de droit et de développement international. Il est membre de plusieurs associations de droit comme entre autres l'International Law Association et l'American Society of International Law, et a reçu plusieurs distinctions et diplômes honorifiques pour son travail. Il a épousé l'Iranienne Aida Elkachef, enseignante à l'École Internationale de Vienne (Autriche). Il est père de deux enfants, Laila et Mostafa.