Zine Ben Ali

Zine Ben Ali

Zine el-Abidine Ben Ali, président de la République de Tunisie, est né le 3 septembre 1936 à Hammam-Sousse (est de la Tunisie), dans une famille modeste qui comptera 11 enfants.

Il suit ses études secondaires au lycée de Sousse tout en commençant à militer au sein du Néo-Destour, un mouvement nationaliste qui lutte contre la colonisation française.

En 1956, lorsque la Tunisie accède à l'indépendance et installe au pouvoir son "Combattant suprême" Habib Bourguiba, Zine ben Ali intègre les rangs de la jeune armée tunisienne qui a besoin d'officiers. En 1958, celle-ci l'envoie en France pour suivre une formation de haut niveau, d'abord à l'École spéciale Inter-Armes de Saint-Cyr, puis à l'École d'artillerie de Châlons-sur-Marne (aujourd'hui Châlons-en-Champagne).

Il complète cette formation par des stages dans deux écoles américaines spécialisées dans le renseignement et la sécurité militaire, la Senior Intelligence School de Fort Holabird (Maryland, USA) et la School for Field and Anti-Aircraft de Fort Bliss (Texas, USA), d'où il sort avec un diplôme d'ingénieur électronicien. "Mon intérêt pour l'électronique", dira-t-il plus tard, "a eu une incidence heureuse sur ma façon de travailler; cela m'a donné un goût prononcé pour la logique, la rigueur de l'analyse et une vision prospective planifiée, loin de toute improvisation".

De retour en Tunisie, Zine Ben Ali est affecté à l'État-major de l'armée sous les ordres du général Kefi. En 1964, il épouse la fille de ce dernier, Naïma Kefi, qui lui donnera trois filles (Ghazoua, Dorsaf et Cyrine). La même année, il est nommé Directeur de la sécurité militaire, poste qui lui permettra de côtoyer pendant dix ans les plus hauts responsables de l'Etat en même temps que divers personnages aux réputations parfois sulfureuses.

En 1974, à l'occasion de l'union tuniso-libyenne qui voit Habib Bourguiba et Mouammar Kadhafi proclamer la naissance de l'éphémère République Arabe Islamique, Zine ben Ali est affecté au cabinet du ministre de la défense. Il est nommé attaché militaire au Maroc, puis en Espagne. En 1977, la République arabe islamique définitivement morte et enterrée, il regagne Tunis où il est promu Directeur général de la Sûreté nationale par le Premier ministre Hédi Nouira après la crise du la crise dite du "Jeudi noir".

Trois ans plus tard, au printemps 1980, il est nommé ambassadeur de Tunisie à Varsovie (Pologne). En 1984, après la sanglante "révolte du pain" lancée contre les réformes gouvernementales imposées par le Fonds Monétaire International (FMI), il est rappelé à Tunis où il est nommé Secrétaire d'état chargé de la sûreté nationale, un nouveau ministère créé spécialement par Bourguiba. L'année suivante il occupe le fauteuil de Ministre de la sûreté nationale puis, en 1986, celui de Ministre d'Etat chargé de l'Intérieur dans le gouvernement de Rachid Sfar. En juin de la même année, il entre au bureau politique du Parti Socialiste Destourien (PSD) où il est élu Secrétaire général adjoint. Trois mois plus tard, dans un contexte de confrontation sanglante entre les forces de sécurité et des syndicats fortement influencés par des mouvements islamistes comme En-Nahda (Renaissance), Zine ben Ali est promu Premier ministre tout en conservant le portefeuille de l'Intérieur. Il devient Secrétaire général du PSD.

Habib Bourguiba, à la tête de l'Etat depuis 1956, est à l'époque un vieillard de 83 ans malade et sénile dont les médecins estiment qu'il n'est plus capable d'assurer sa fonction. Le 7 novembre 1987, soutenu par une partie de l'armée et du personnel politique, Zine ben Ali l'évince pacifiquement à la suite d'un "coup d'État médical". Il fait jouer l'article 57 de la Constitution sur l'incapacité mentale du président pour le destituer et lui succède d'office en sa qualité de dauphin constitutionnel. Dans une déclaration prononcée sur les ondes de la radio nationale, le nouveau président et chef suprême des forces armées annonce solennellement une ère nouvelle pour le pays et appelle les Tunisiens à oeuvrer à l'édification d'une société juste, équilibrée, solidaire, démocratique et résolument tournée vers le progrès et la modernité. La transition, appelée "Révolution tranquille" par les tunisiens, se déroule en douceur.

Le nouveau président Ben Ali entame immédiatement une série de réformes politiques, économiques et sociales qualifiée de "printemps démocratique": libéralisation et ouverture des marchés, laïcité, émancipation et droits de la femme, libération des prisonniers politiques, suppression dans la Constitution du statut de président à vie, garantie de la liberté d'expression et de la liberté de la presse, multipartisme, scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans, représentation des partis d'opposition à la Chambre des députés, etc... Le Parti Socialiste Destourien (PSD) qu'il dirige est rebaptisé Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD).

En novembre 1988, les formations politiques et sociales du pays — à l'exception des mouvements islamistes — signent avec lui un pacte où elles s'engagent notamment à respecter les valeurs républicaines et à ne pas utiliser l'Islam à des fins politiques.

En avril 1989, Zine El Abidine Ben Ali, 53 ans, est triomphalement élu Président de la République lors d'élections présidentielles et législatives anticipées où il recueille 99,20 % des suffrages. Le "printemps démocratique" prend toutefois rapidement fin et le régime donne bientôt d'inquiétants signes d'autoritarisme. De nouvelles lois sont promulguées qui restreignent sérieusement les liberté publiques et les Droits de l'homme.

En 1991, après avoir découvert un "plan islamiste visant à la prise du pouvoir", il dissoud En-Nahda, le grand parti islamiste tunisien, dont il fait emprisonner plus de 20.000 membres. Il interdit en outre le port du voile dans les lieux publics et muselle la presse ainsi que les partis d'opposition. Même si quelques avancées démocratiques ont encore lieu, comme la révision de la Constitution et du Code électoral, la Tunisie toute entière est progressivement soumise à une surveillance généralisée et à une propagande massive en faveur de son président. À la tête du RCD, Zine Ben Ali est réélu président de la République en 1994, en 1999 et en 2004, recueillant à chaque fois entre 94% et 99% des voix.

Son bilan à la tête de la Tunisie est certes positif sur bien des points au regard des occidentaux qui le jugent par rapport à d'autres chefs d'Etat arabes ou africains moins dociles. Du côté des politiciens néo-libéraux, islamophobes, occidentalistes, atlantistes et pro-israéliens, de droite comme de gauche, comme George W. Bush, Nicolas Sarkozy ou Dominique Strauss-Kahn, on loue notamment sa lutte contre l'intégrisme islamique, son ouverture sur l'Europe et son libéralisme économique qui permet la croissance des entreprises capitalistes. Son régime est clairement soutenu par les Etats-Unis, Israël, la France et l'Italie, notamment parce qu'il abrite discrètement une base arrière de la CIA et de l'OTAN servant aux opérations anti-terroristes régionales et au contrôle de la Méditerranée.

Mais le régime Ben Ali, qui étouffe systématiquement dans l'oeuf tout véritable contre-pouvoir, est aussi accusé de graves atteintes aux Droits de l'homme par les ONG et les médias étrangers. Avocats, journalistes, magistrats, responsables politiques, syndicaux ou religieux y font régulièrement l'objet de manoeuvres d'intimidations, voire de tortures pour certains prisonniers politiques, et la censure sévit dans l'édition et la presse comme sur internet. Human Rights Watch et Amnesty International dénoncent régulièrement les élections tunisiennes comme des "simulacres de démocratie".

Des rumeurs de corruption visent également avec insistance son entourage familial, en particulier les proches de sa seconde femme, Leïla Trabelsi (épousée en 1992 et maintenant mère de trois enfants du président, Nesrine, Halima et Mohamed), très active dans plusieurs organisations caritatives tunisiennes et internationales oeuvrant pour la cause des femmes. L'opposant le plus célèbre de Ben Ali, le journaliste Taoufik Ben Brik, réfugié un temps en France après une retentissante grève de la faim, résume les critiques en l'accusant d'être le "grand dictateur d'un petit pays".

En octobre 2009, Zine Ben Ali, 73 ans, dont 22 à la tête de la Tunisie, brigue un cinquième mandat présidentiel. Il mène campagne sur la réussite économique du pays, se présentant comme l'artisan du changement et du développement. Il affronte trois candidats de l'opposition parlementaire: Mohamed Bouchiha, du PUP (Parti de l'Unité Populaire, social-démocrate proche du pouvoir), Ahmed Inoubli, de l'UDU (Union Démocratique Unioniste, nationaliste proche du pouvoir) et Ahmed Brahim, du Mouvement Ettajdid (successeur du Parti Communiste Tunisien), dont le journal Ettarik Al-Jadid (La nouvelle voie), est saisi par le ministère de l'Intérieur pour "infraction au code électoral". Les candidatures de deux dirigeants de la véritable opposition, Mustapha Ben Jaffar et Ahmed Nejib Chebbi, sont écartées de la course à la présidence pour "non conformité avec la loi électorale".

Disposant au Parlement de la majorité écrasante du RCD (qui revendique 2,7 millions d'adhérents pour 10 millions d'habitants), d'une presse servile et d'organisations syndicales et patronales entièrement dévouées, Zine Ben Ali n'a aucun mal à convaincre les quelque 5 millions millions d'électeurs tunisiens de voter encore massivement pour lui, d'autant qu'il promet d'augmenter de 40% le revenu par habitant d'ici 2014, de fournir une couverture sociale à 98% des Tunisiens et de hisser le pays "au rang de pays avancé".

Sans suspense, Zine ben Ali est réélu le 25 octobre 2009 avec 89,62% des suffrages. Les trois autres candidats se partagent les 10% de voix restants. Le parti du chef de l'Etat récolte en outre 75% des suffrages lors des élections législatives qui ont lieu le même jour. Le nouveau mandat de Ben Ali devrait toutefois être le dernier puisque la Constitution fixe à 75 ans la limite d'âge pour présider la Tunisie.

Un an après l'élection, en décembre 2010, de jeunes tunisiens manifestent dans plusieurs villes du sud du pays pour dénoncer la vie chère, le chômage, la précarité et la corruption du régime. Un évènement — le 17 décembre à Sidi Bouzid, Mohamed Bouazizi, un jeune diplômé exerçant un petit commerce ambulant faute d'emploi, s'immole par le feu pour protester contre la confiscation de sa marchandise — met le feu aux poudres. Dans les semaines suivantes, le mouvement de protestation prend de l'ampleur. Toute une partie du pays descend dans la rue pour exprimer un ras-le-bol social qui prend vite un tour politique. Zine Ben Ali, de plus en plus contesté, annonce diverses mesures économiques, dont notamment la création de 300.000 emplois d'ici la fin 2012. Il dénonce des "actes terroristes impardonnables perpétrés par des voyous cagoulés [et des] éléments hostiles à la solde de l'étranger". Les manifestations sont sévèrement réprimées. Michèle Alliot-Marie, ministre des affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, propose au président tunisen "le savoir-faire de la police française pour régler la situation sécuritaire du pays".

Le 13 janvier 2011, Zine Ben Ali prononce un discours télévisé (le troisième depuis le déclenchement de la révolte) où il promet aux Tunisiens une baisse des prix de 19 produits de première nécessité (lait, le pain, sucre,...) et la levée de toute censure sur la presse et l'internet. Il demande en outre à la police de ne plus tirer à balles réelles contre les manifestants et s'engage à ne pas briguer un nouveau mandat à l'élection présidentielle de 2014. Son intervention ne calme pas les manifestants.

Le lendemain, après une nouvelle manifestation qui rassemble à Tunis quelque 8.000 personnes exigeant son départ, il décide de limoger l'ensemble de son gouvernement et annonce la tenue d'élections législatives anticipées dans un délai de six mois. Il signe un décret chargeant le Premier ministre Mohammed Ghannouchi de former un nouveau gouvernement. Le soir même, Zine El Abidine Ben Ali quitte la Tunisie pour Jeddah (Arabie saoudite) où il se réfugie avec sa famille.

Mohammed Ghannouchi assure la présidence de la République par intérim pendant une journée avant de céder la place au président du Parlement, Foued Mebezza, désigné Président de la République à titre transitoire par le Conseil constitutionnel après proclamation de "la vacance définitive du pouvoir". Un nouveau gouvernement est formé mais quatre ministres démissionnent dès le lendemain pour protester contre la présence à leurs côtés de ministres de l'ancienne équipe, toujours membres du RCD de Ben Ali.

Les affrontements entre émeutiers et forces de l'ordre ont fait une centaine de morts au cours des cinq semaines de "la révolution de jasmin", dont soixante-dix par les tirs de la police, selon un bilan établi le 18 janvier par le Haut Commissariat aux Droits de l'Homme de l'ONU.

Le 17 février 2011, un proche de la famille de Zine el-Abidine Ben Ali indique à la presse que l'ancien président est hospitalisé à Jeddah dans un état grave, victime d'un accident vasculaire cérébral. Il serait depuis plongé dans le coma, mais diverses sources contestent cette version, indiquant qu'il aurait fait une simple crise d'hypoglycémie et qu'il résiderait désormais en bonne santé dans une vaste demeure prêtée par le gouvernement saoudien.

Le 09 mars 2011, le tribunal de première instance de Tunis prononce la dissolution du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), parti symbole du régime de Ben Ali.

Le président déchu et son épouse Leïla Trabelsi, accusés de s'être accaparé les ressources du pays via l'appareil d'Etat, font l'objet de dix-huit actions en justice intentées par les nouvelles autorités tunisiennes, notamment pour "placements financiers et transferts illicites de devises à l'étranger", "homicide volontaire", "acquisition illégale de biens mobiliers et immobiliers", "corruption", "recel d'abus de biens sociaux, "blanchiment aggravé" et "trafic et usage de drogue". D'autres poursuites portent sur un complot contre la sûreté de l'Etat. L'Arabie saoudite n'ayant pas donné suite à la demande d'extradition formulée par la Tunisie, les autorités judiciaires ont décidé de juger Ben Ali par contumace pour au moins une partie des quelque 138 affaires dont il doit répondre. Dans un communiqué daté du 19 juin, l'ancien président tunisien "conteste vigoureusement toutes les accusations" portées contre lui, les qualifiant de "mensonges honteux", et espère que son pays "surmontera le chaos et l'obscurité".

Le 20 juin, le tribunal de première instance de Tunis le condamne avec son épouse à 35 ans de prison chacun et une amende de 91 millions de dinars (45,5 millions d'euros) pour détournement de fonds publics et possession illégale de devises étrangères et de bijoux. Le 04 juillet, Ben Ali est de nouveau condamné, cette fois à 15 ans de prison en plus, pour possession illégale de drogues et d'armes. Enfin, dans un troisième procès par contumace, l'ancien président tunisien et son gendre, l'homme d'affaires Sakher al Materi, sont condamnés le 28 juillet 2011 à 16 ans d'emprisonnement et 49 millions d'euros d'amende pour corruption et fraude immobilière.