Saddam Hussein

Saddam Hussein

En Irak, il est des reliques plus embarrassantes que d'autres. Le "Coran de sang" de Saddam Hussein, entièrement écrit avec l'hémoglobine du raïs, suscite aujourd'hui la controverse en Irak.

Cet ouvrage très particulier aura nécessité deux ans de labeur, à la fin des années '90, durant lesquels Saddam Hussein a fait calligraphier les 114 sourates (6.219 versets) du livre sacré des musulmans avec 27 litres de son sang. "Ma vie a été pleine de dangers dans laquelle j'aurais dû perdre mon sang... mais comme je n'ai que très peu saigné, j'ai demandé à quelqu'un d'écrire les paroles de Dieu avec mon sang en signe de reconnaissance", avait à l'époque déclaré Saddam Hussein.

Conservé à l'abri des regards depuis l'invasion de l'Irak par les troupes de George W. Bush et la chute du régime baasiste en 2003, le "Coran de sang" se trouve désormais dans une crypte de la grande mosquée de Bagdad, protégé par un système à clefs multiples confiées à plusieurs hauts dignitaires religieux.

Alors qu'un grand nombre de palais, monuments, tableaux et autres statues à la gloire de Saddam Hussein ont été détruits sans état d'âme par les troupes d'occupation américaine ou le nouveau gouvernement irakien comme autant de symboles de l'ancienne dictature, le "Coran de sang" pose lui un sérieux problème aux autorités politiques et religieuses du pays. Doivent-ils détruire ce Coran ou pas ? La polémique fait rage. Deux camps s'affrontent: ceux qui souhaitent éliminer les traces du passé et prônent sa destruction afin de ne pas laisser place à une "légende Saddam Husseïn" dans la mémoire du peuple irakien (dont une partie, sunnites et chiites réunis, commence à regretter sérieusement l'ancien raïs); et ceux qui, à l'instar du Premier ministre Nouri Al-Maliki, veulent conserver cette relique au nom de l'Histoire pour montrer la nature mégalomaniaque du régime. Pour l'instant, c'est le statu quo, aucun des deux camps n'osant prendre de décision par crainte de provoquer de nouvelles violences dans le pays.

Quant au calligraphe du "Coran de sang", Abbas Shakir Joody al-Bagdadi, il a tourné la page depuis longtemps et vit aujourd'hui aux Etats-Unis.