WikiLeaks

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Après avoir publié quelque 77.000 documents secrets relatifs à la guerre en Afghanistan et 400.000 autres rapports militaires américains tout aussi confidentiels sur la guerre en Irak, le site internet WikiLeaks s'apprête à rendre publics de nouveaux documents officiels embarrassants pour Washington.

Diverses sources font état cette fois de la publication imminente d'environ 250.000 dépêches diplomatiques envoyées ces dernières années à Washington par les ambassades US à l'étranger, dont plus de 16.000 classifiées "secret", ce qui pourrait constituer la plus grosse fuite de l'administration américaine. Ce lot de câbles diplomatiques — transmis notamment via le réseau SIPRNET (Secret Internet Protocol Router Network) qui permet aux agents de l'administration US de communiquer des messages sensibles au Pentagone, au Département d'Etat ou à la Maison-Blanche — concernerait "un large éventail de dossiers et de pays", selon l'administration Obama qui dit s'attendre "au pire scénario".

Le Département d'Etat (équivalent américain de notre Ministère des Affaires étrangères) a d'ores et déjà pris les devants en contactant les pays mis en cause par les révélations de Wikileaks. La Chine, la Russie, l'Australie, l'Inde, l'Afghanistan, la Turquie, Israël, les Emirats Arabes Unis, l'Arabie saoudite, l'Irak, le Canada, le Danemark, la Norvège, la Pologne, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni et la France ont notamment été contactés par les émissaires de la secrétaire d'État Hillary Clinton afin de prévenir les éventuelles tensions diplomatiques qui pourraient naître entre eux de cette divulgation intempestive. "Par nature, ces notes diplomatiques contiennent des commentaires francs et directs", prépare ainsi l'administration américaine qui craint de voir les relations avec ses alliés compromises par certains commentaires d'ambassadeurs américains "désagréables" à leur encontre. Des médias étrangers font notamment état de révélations sur des manipulations diverses et variées dans les dossiers brûlants du Proche-Orient, ainsi que d'accusations de corruption contre certains dirigeants "amis" d'Asie centrale et orientale. Plus dangereusement, les documents de Wikileaks pourraient aussi fournir des informations sensibles sur les réseaux et les opérations de renseignement, ce qui pourrait embarrasser les services secrets de plusieurs pays et compromettre quelques espions en activité. Selon le site owni.fr, qui a réalisé l'interface pour la mise en ligne des documents de WikeaLeaks, entre 500 et 1.000 mémos concerneraient directement la France.

Comme lors de la divulgations des documents sur la guerre en Irak, WikiLeaks a déjà communiqué ses infos à plusieurs titres de presse internationale, dont le New York Times (Etats-Unis), Der Spiegel (Allemagne), The Guardian (Royaume-Uni), El Pais (Espagne) et Le Monde (France), ce dernier n'ayant semble-t-il reçu que la partie des notes concernant la France. Ces journaux pourraient livrer leurs premières analyses dans leurs éditions datées de lundi. Selon une source officielle britannique, une partie des documents pourrait toutefois faire l'objet de "notes-DA", c'est-à-dire que, au nom de la sécurité nationale, certaines rédactions ont d'ores et déjà convenu avec leur gouvernement de ne pas publier les informations de Wikileaks jugées trop sensibles.

Le site d'information WikiLeaks, riche aujourd'hui de millions de documents, a déjà livré au public entre autres scoops l'intégralité du procès du pédophile belge Marc Dutroux, la vidéo de la mort de deux photographes de l'agence Reuters tués par des militaires américains, ainsi que les très médiatisés "War Logs" d'Afghanistan et d'Irak. Puisant aux meilleurs sources officielles et fonctionnant grâce aux contributions d'une "communauté planétaire d'éditeurs et d'informateurs" dont l'anonymat est préservé, il a été fondé en 2006 par l'informaticien australien Julian Assange qui le dit "impossible à censurer" et souhaite en faire "l'organe de renseignements le plus puissant au monde".

Devenu très gênant pour le Pentagone, Julian Assange est aujourd'hui sous le coup d'un mandat d'arrêt international pour "viol" délivré le 18 novembre dernier par la justice suédoise. Recherché par Interpol, il nie les accusations portées contre lui par deux femmes qu'il aurait agressé en Suède en août dernier. Son avocat a fait appel et parle d'une "campagne calomnieuse" orchestrée pour nuire à sa réputation et à celle de Wikileaks.