Tea Party

Tea Party

Les démocrates parviendront-t-ils à conserver une majorité lors des midterms (les élections législatives de mi-mandat aux Etats-Unis) du 02 novembre prochain, deux ans jour pour jour après l'élection triomphale de Barack Obama ?

Rien de moins sûr, selon la plupart des analystes de la vie politique américaine qui prévoient un retour en force des républicains au Congrès. Les quelque 39 sièges sur 435 qui leur manquent actuellement pour atteindre la majorité à la Chambre des représentants seront facilement remplis, estiment les commentateurs, notamment grâce aux candidats du Tea Party. Ce mouvement politique, parfois comparé au mouvement poujadiste français des années 1950, avance en effet pas moins de 130 candidats sous l'étiquette du parti républicain. Il pourrait obtenir à lui seul une trentaine de sièges à la Chambre des représentants et sept et huit au Sénat, selon les sondages, et la Maison Blanche elle-même s'attend à ce scénario mardi prochain.

Né le 12 septembre 2009 lors d'une manifestation à Washington contre le plan de relance économique de Barack Obama, issu de "l'Amérique profonde" et situé à l'extrême droite de l'échiquier politique, le Tea Party est un mouvement populiste qui agrège de nombreux groupes dont les plus connus sont dénommés "Tea Party Nation", "Tea Party Patriots", ou encore "Tea Party Express". Il s'est rapidement imposé comme une nouvelle force politique incontournable aux Etats-Unis et plusieurs enquêtes d'opinion indiquent qu'un Américain sur cinq se déclare au jourd'hui proche du mouvement.

Ses partisans se réclament de la "Boston Tea Party" de 1773, une révolte de soixante Bostoniens qui avaient jeté par dessus bord la cargaison de thé d'un navire britannique pour protester contre les taxes fiscales de la Couronne d'Angleterre. Cet épisode insurrectionnel, point de départ de la révolution qui mènera à la Déclaration d'indépendance du 4 juillet 1776, est aujourd'hui considéré comme fondateur dans l'histoire de la démocratie américaine.

Regroupement disparate de patriotes, de libertariens, de chrétiens évangélistes fanatiques d'Israël, de racistes, d'ultra-libéraux et de néo-conservateurs de la droite dure façon George W. Bush, mais aussi de simples déçus du parti républicain et d'opposants à un Barack Obama qui ne parvient pas à juguler les effets de la crise financière, notamment en termes de chômage, le Tea Party remet sur le devant de la scène certaines valeurs traditionnelles de l'Oncle Sam (individualisme, amour de Dieu, etc) et surfe sur des thèmes populistes comme le désengagement de l'Etat de la vie économique du pays. Sa devise peut être traduite par "moins de taxes, moins de gouvernement, plus de liberté" et ses membres en appellent régulièrement à la Constitution, en particulier au Bill of Rights qui définit les libertés fondamentales du citoyen, pour dénoncer les dangers de l'étatisme et du collectivisme qui menacerait l'Amérique. Parmi ses positions radicales de campagne, il prône notamment la suppression pure et simple des impôts fédéraux, comme l'annonce l'acronyme du parti officiellement déclaré (Taxed Enough Already, "déjà assez taxés"), ainsi que l'abrogation du système d'assurance maladie promulgué par Barack Obama. Son objectif immédiat est simple: bloquer pour les deux années à venir le programme de l'actuel président "socialiste" (une insulte aux Etats-Unis), à leurs yeux bien trop à gauche et bien trop dispendieux.

Si le Tea Party ne possède ni structures ni représentant officiel, Sarah Palin, l'ex co-listière du candidat républicain John McCain à la dernière présidentielle, fait figure d'égérie du mouvement. Derrière elle, de nouvelles figures ont émergé, comme la très réactionnaire Christine O'Donnell, 41 ans, inconnue il y a encore quelques mois, qui a créé la sensation en remportant la primaire républicaine dans le Delaware face au notable Mike Castle. Elle brigue aujourd'hui le siège de sénateur détenu auparavant par Joe Biden, l'actuel vice-président de Barack Obama.

Cette fervente catholique réfute entre autres la théorie de l'évolution, croit dur comme fer au créationnisme, compare la masturbation à l'adultère, prône l'abstinence sexuelle et s'oppose à l'avortement, même en cas de viol, ainsi qu'au mariage gay. Sans surprise, elle est soutenue par la National Rifle Association (NRA), un puissant lobby qui défend le port des armes à feu. Comme Sarah Palin, dont elle s'inspire jusque dans sa façon de s'habiller, Christine O'Donnell multiplie les attaques violentes contre le "social-nazi" Barack Obama et les "élites de Washington". Avec Marco Rubio, candidat cubano-américain en Floride, Joe Miller en Alaska, Rand Paul au Kentucky et Sharron Angle dans le Nevada, elle fait partie de ces candidats extrêmistes du Tea Party qui peuvent créer la surprise et donner ainsi un coup d'arrêt à la politique sociale et économique de Barack Obama.