WikiLeaks

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WikiLeaks, le site internet spécialisé dans la révélation de documents secrets, a rendu public ce week-end ce qui est annoncé comme "la fuite la plus importante de documents militaires confidentiels de l'Histoire".

Quelque 400.000 rapports d'activité (Significant Activity), enregistrés au quotidien par l'armée américaine en Irak entre janvier 2004 et décembre 2009, confirment l'horreur de cette guerre insensée voulue par George W. Bush et les faucons israélo-américains pour renverser Saddam Hussein. Selon les documents classés confidentiels dévoilés par Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, le conflit a fait 285.000 victimes au total. 109.000 personnes sont mortes, dont 66.000 civils, un chiffre beaucoup plus élevé qu'officiellement annoncé par l'administration américaine.

Le comportement des troupes irakiennes et de certaines sociétés US de sécurité privées comme Blackwater, mais aussi et surtout de l'armée US qui est soit directement responsable soit complice, est sérieusement mis en cause dans ce qui relève au regard du droit international de crimes de guerre, voire dans certains cas de crimes contre l'humanité: meurtres et exécutions sommaires de civils, actes de tortures, viols, mauvais traitements à l'encontre des prisonniers et des suspects, etc. Le tableau des exactions, aussi accablant qu'édifiant, rappelle celui du scandale de la prison d'Abu Ghraib, où des détenus ont été torturés et soumis à des actes dégradants par les militaires américains. 1.300 cas d'abus et de torture ont été recensés et, sur les 66.000 morts civils, 15.000 cas au moins auraient été délibérément maquillés par les autorités militaires.

La Grande-Bretagne, engagée dans le conflit contre son gré par Tony Blair, est comme les Etats-Unis soupçonnée de crimes de guerre. Nick Clegg, actuel vice-Premier ministre britannique, a appelé Washington à "fournir une réponse" à ces révélations, estimant que "Tout ce qui laisse à penser que des règles de base de la guerre (...) ont été violées ou que de la torture a pu être tolérée est extrêmement grave et doit être examiné". Il souhaite qu'une enquête soit ouverte sur les exactions des troupes de la coalition en Irak. Le Conseil de Coopération du Golfe — qui regroupe l'Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats Arabes Unis, Oman, le Qatar et le Koweït — ainsi que des organisations humanitaires, comme Human Rights Watch et Amnesty International, ont elles aussi réclamé l'ouverture d'enquêtes.

L'administration américaine, par la voix de la secrétaire d'Etat Hillary Clinton, s'est borné à condamner "la diffusion de toute information faisant peser un risque sur la vie des soldats et des civils américains et de leurs alliés". Environ 50.000 soldats américains sont toujours déployés en Irak, après la fin de la mission de combat de l'armée, décrétée fin août 2010.

WikiLeaks s'était déjà mis à dos le Pentagone en juillet dernier avec la publication non autorisée de 77.000 documents relatifs à la guerre en Afghanistan. Le site annonce qu'il livrera prochainement 15.000 autres nouveaux documents sur ce conflit.