Tariq Ramadan

Tariq Ramadan

L'Union Américaine des Libertés Civiles (American Civil Liberties Union, ACLU), soutenue par plusieurs organisations d'intellectuels et d'universitaires, a lancé une plainte fédérale contre la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice et le secrétaire à la Sécurité intérieure, Michael Chertoff.

L'association de défense des libertés attaque le fameux Patriot Act, une loi de "sûreté publique nationale" mis en place juste après les attentats du 11 septembre 2001. Une disposition de ce texte permet en effet aux autorités de refuser des visas d'entrée ou de refouler du territoire américain toute personne sur un simple soupçon d'activités terroristes, ceci sans aucune justification ni preuve à l'appui. Nombre d'arabes font les frais de cette mesure, le cas le plus flagrant étant celui de l'intellectuel musulman Tariq Ramadan qui s'est associé à la plainte.

L'islamologue suisse d'origine égyptienne âgé de 43 ans, qui vit aujourd'hui à Londres et enseigne à l'université d'Oxford, avait en effet réussi à obtenir en février 2004 un visa de travail — la fameuse "green card" — pour enseigner à l'université catholique Notre-Dame, près de Chicago dans l'Indiana (nord des Etats-Unis). Invité par l'université, il devait y donner une année de cours sur les rapports entre la religion et les conflits guerriers. Mais à la veille de son arrivée sur place, alors qu'il avait déjà loué un appartement et inscrit ses enfants à l'école, le Département d'Etat américain invoquant cette clause du Patriot Act a purement et simplement annulé son visa sans donner publiquement aucune raison. Invité depuis à une quarantaine de reprises par plusieurs institutions d'enseignement et diverses personnalités, tels notamment Bill Clinton ou l'ancien secrétaire d'Etat à la défense William Cohen, afin de tenir des conférences aux Etats-Unis, Tariq Ramadan n'est toujours pas autorisé à fouler le sol américain, même à titre de simple visiteur et ceci toujours sans aucune justification. La demande même du secrétaire d'Etat Colin Powell à l'administration Bush n'a eu aucune suite.

Pour l'ACLU, la mesure invoquée est contraire au premier amendement de la Constitution des Etats-Unis qui garantit la liberté d'expression et d'opinion. Elle estime que le gouvernement américain interprète abusivement cette loi anti-terroriste pour museler des intellectuels comme Tariq Ramadan simplement en raison de leurs opinions. "L'intellectuel suisse n'a jamais soutenu le terrorisme et en aucun cas fait son apologie", explique l'ACLU, dénonçant une "exclusion idéologique". "Exclure des gens du pays à cause de leurs idées biaise et appauvrit le débat politique aux Etats-Unis", ajoute l'avocat de l'organisation.

L'association de défense des libertés civiles est soutenue dans sa démarche par nombre d'écrivains, intellectuels et responsables politiques ou universitaires inquiets de ces mesures contre la liberté de penser et l'indépendance universitaire. Plusieurs organisations telles l'Académie américaine des religions, le Conseil des relations américano-islamiques, l'Association américaine des professeurs d'université et l'association d'écrivains Pen American Center, soutiennent officiellement l'action en justice de l'ACLU contre le gouvernement américain. Salman Rushdie, président du Pen American Center, indique dans un communiqué que cette politique de l'administration Bush "a pour conséquence d'accroître l'isolement des Etats-Unis alors que le dialogue international est plus nécessaire que jamais".

En France, Tariq Ramadan n'est souvent pas bien mieux loti puisque plusieurs conférences et colloques où il devait intervenir à titre d'orateur, comme récemment à Clermont-Ferrand ou à Strasbourg, sont annulées au dernier moment en raison de manoeuvres et de pressions des Renseignements Généraux sur les responsables des salles de réunion.