Israël / Palestine

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Finies les poignées de mains et les échanges d'amabilités, l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et le Fatah de Mahmoud Abbas ont décidé de suspendre les négociations avec Israël tant que la colonisation se poursuivra en Cisjordanie. "Il ne peut y avoir la paix et la colonisation en même temps", ont-ils réafirmé, ajoutant que la poursuite des discussions est désormais entre les mains du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Les dirigeants palestiniens restent cependant toujours en contact avec George Mitchell, l'émissaire américain au Proche-Orient qui tente malgré tout de maintenir les négociations sur les rails. C'est en effet sous sa médiation que se tiennent les discussions directes relancées il y a un mois par Washington, après vingt mois d'interruption causés par l'agression de l'Etat hébreu contre la Bande de Gaza. "Malgré leurs divergences, le gouvernement israélien comme l'Autorité palestinienne nous ont demandé de poursuivre ces discussions, afin d'établir les conditions leur permettant de continuer des négociations directes", indique-t-il en rappelant le souhait de Barack Obama, exprimé la semaine dernière devant l'Assemblée générale de l'ONU, que la Palestine soit membre de cette institution lors de sa prochaine session, en 2011.

C'est mal parti. Les instances palestiniennes présenteront leurs conclusions lors d'un sommet de la Ligue arabe qui se tiendra le 8 octobre prochain à Syrte (Libye). Elles pourrait également profiter de cette rencontre pour demander aux pays arabes de porter l'affaire des colonies juives devant le Conseil de sécurité de l'ONU. L'Egypte de Hosni Moubarak et la Jordanie du roi Abdallah II, alliés de Washington dans la région, soutiennent la décision palestinienne. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a lui aussi fait savoir officiellement que "les négociations et les colonies ne peuvent pas aller de pair".

Au début de la reprise des discussions directes, le président de l'autorité palestienne, Mamhoud Abbas, avait rappelé que le gel de la colonisation était la condition sine qua non exigée par l'Autorité palestinienne pour reprendre le dialogue de paix avec Israël. Il avait aussi rappelé que les Palestiniens négocient déjà depuis dix-sept ans avec les gouvernements israéliens successifs alors que la colonisation se poursuit sans interruption. Il avait enfin indiqué à plusieurs reprises qu'il quitterait la table des négociations si les constructions reprenaient dans les colonies juives à l'issue du moratoire de 10 mois qui a expiré le 26 septembre dernier. Malgré ces avertissements répétés et les appels pressants de la communauté internationale, Benjamin Netanyahu a refusé de prolonger le moratoire et les bulldozers israéliens ont repris leur travail dans les territoires palestiniens occupés.

La question de la colonisation israélienne ne date pas d'hier. Dès 1949, une "ligne verte" de cessez-le-feu avait été instaurée entre Israël et les pays arabes voisins (Jordanie, Syrie, Egypte). Mais en 1967, après la guerre des Six-Jours, l'Etat juif a pris possession de territoires au-delà de cette ligne verte, occupant illégalement Jérusalem-Est, Gaza et la Cisjordanie.

Aujourd'hui plus de 300.000 colons juifs, pour la plupart des ultra-religieux d'extrême-droite, vivent en toute illégalité en Cisjordanie, bénéficiant de nombreux avantages sociaux et fiscaux attribués par le gouvernement israélien qui a lui-même lancé officiellement 121 "implantations" sur le territoire palestinien. Fortes de ce soutien d'Etat, de nombreuses autres colonies se sont installées dans des "avant-postes" sauvages. 200.000 juifs vivent en outre à Jérusalem-Est ou dans des zones proches annexées à la ville d'où sont expropriés les habitants arabes. Au total, alors que les Palestiniens aspirent depuis soixante ans à créer un Etat indépendant qui couvrirait la Cisjordanie et la bande de Gaza, avec Jérusalem-Est pour capitale, un demi-million de colons israéliens occupent maintenant 42% du territoire de Cisjordanie et Jérusalem-Est. Des dizaines de milliers de nouvelles constructions sont en outre planifiées par Israël dans les mois à venir.

Pour de nombreux observateurs, Israël poursuit en toute connaissance de cause un plan global de colonisation qui prévoit à terme l'annexion des territoires palestiniens. Les colonies installées, le tracé arbitraire du Mur de séparation, la confiscation des logements de Jérusalem, la multiplication des check-points, le blocus de Gaza, et le "jeu de dupes" de négociations interminables menées en parallèle à ces manoeuvres, ont déjà permis de faire disparaître 22% de la Palestine historique au profit d'Israël. Une politique du "fait accompli" appliquée en totale violation du droit international sans que les pays occidentaux prennent jamais la moindre initiative concrète pour stopper le processus.