Flottille pour Gaza

Flottille pour Gaza

Après l'accusation du rapport Goldstone de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, un nouveau rapport de l'ONU accuse de nouveau Israël de graves violations des Droits de l'Homme.

Instaurée le 23 juillet dernier après le raid meurtrier de Tsahal contre une flottille humanitaire venant en aide à la population de Gaza, la mission d'enquête du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU n'est pas tendre avec Israël. Se basant sur une centaine de témoignages recueillis en Turquie, en Jordanie, en Suisse et au Royaume-Uni, les enquêteurs — une équipe internationale de juristes et de magistrats composée notamment Karl Hudson-Phillips (Trinité-et-Tobago), Desmond de Silva (Royaume-Uni) et Mary Shanthi Dairiam (Malaisie) — estiment que l'action menée dans les eaux internationales par l'armée israélienne était "illégale", "disproportionnée" et d'un "niveau inacceptable de brutalité". "Une telle conduite ne peut être justifiée par des raisons de sécurité. Elle constitue de graves violations des droits de l'homme et du Droit international humanitaire", affirment-ils, ajoutant que des "preuves claires" permettent d'engager des poursuites judiciaires contre Israël pour "homicide intentionnel, torture et traitements inhumains". Le rapport sera débattu lundi prochain lors de la réunion du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU.

La "Flotille de la liberté", organisée par plusieurs organisations humanitaires turques et pro-palestiniennes, transportait des vivres et des médicaments à destination des Gazaouis soumis depuis 2007 à un blocus inhumain imposé par l'Etat juif. Le 31 mai dernier, alors que les six bateaux se trouvaient encore dans les eaux internationales, à une soixantaine de kilomètres des côtes de Gaza, des commandos israéliens ont donné l'assaut en pleine nuit et mitraillé les passagers du navire Mavi Marmara qui n'étaient pourtant pas armés. L'attaque avait fait de nombreux blessés, dont des journalistes, et causé la mort de neuf passagers Turcs criblés de balles, selon les rapports d'autopsie. Le journaliste Cevdet Kiliclar, éditeur internet de l'ONG islamiste turque IHH qui parrainait l'expédition, a même été abattu d'une balle tirée à bout portant dans la tête. "Les circonstances des meurtres d'au moins six des passagers correspondaient d'une certaine façon à une exécution extra-judiciaire, arbitraire et sommaire", indiquent les experts missionnés par l'ONU. Ils demandent à Israël d'aider à l'identification des criminels.

Mais comme d'habitude face aux accusations, les autorités israéliennes tentent de décrédibiliser le travail des enquêteurs avec qui elles ont refusé de coopérer, leur interdisant même d'entrer sur le territoire pour mener leurs investigations. Le ministère israélien des Affaires étrangères qualifie le rapport de "partial et partisan, comme l'organisme qui l'a produit". Pour lui, les experts avaient une "approche biaisée, politisée et extrémiste" et l'initiative même d'une enquête sur les exactions de Tsahal était "superflue et improductive" puisque le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'occupe aussi de cette affaire via une commission pilotée par l'ancien Premier ministre néo-zélandais Geoffrey Palmer et l'ancien président colombien Alvaro Uribe (deux personnalités notoirement pro-israéliennes et adeptes des méthodes militaires musclées). Israël a en outre créé sa propre "commission d'enquête" — une structure composée d'un juge en retraite de la Cour suprême israélienne et de deux "observateurs" étrangers sans droit de vote, dont l'objectif clairement affiché est de "préserver la liberté d'action de nos soldats et prouver que nos actions étaient de caractère défensif et donc justifiées". Israël défend en effet son droit à exercer des "représailles" contre tout navire qui tente de violer le blocus imposé à la Bande de Gaza.

Le Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU se défend de toute partialité et de tout doublon avec l'autre enquête de l'ONU puisqu'il se concentre "sur la question de Droits de l'Homme", indique son président, l'ambassadeur de Thaïlande Sihasak Phuangketkeow. Il estime également que l'argument israélien du "droit à exercer des représailles" n'est pas valable puisque le blocus lui-même, punition collective d'une population civile, est déjà "contraire à la loi" et qu'à la date du 31 mai il "existait une crise humanitaire à Gaza".