Tony Blair

Tony Blair

Intitulés A Journey (Un voyage), les très attendus Mémoires de l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair sortent aujourd'hui dans les librairies du monde entier.

Trois ans après avoir quitté le 10 Downing Street, l'ex-leader travailliste, âgé de 57 ans, revient sur une décennie passé au pouvoir (deux mandats, de 1997 à 2007), et notamment sur l'un de ses errements les plus critiqués: celui de cautionner la guerre de George W.Bush contre l'Irak et d'y engager activement les troupes britanniques contre l'avis de ses concitoyens. Une décision qui à l'époque a entraîné les plus grandes manifestations de toute l'histoire de la Grande-Bretagne et lui a valu le surnom de "caniche de Bush".

Tony Blair exprime aujourd'hui une vague compassion pour les proches des cent mille morts (dont 60% de civils) causés par cette guerre aussi désastreuse qu'inutile montée de toutes pièces par les Dr Folamour israélo-américains (ceux-là mêmes qui appellent aujourd'hui à attaquer l'Iran), se disant "profondément désolé pour les vies écourtées, désolé pour les familles des morts". Il veut bien reconnaître à demi-mot qu'il ya eu manipulation de l'opinion sur la présence d'armes de destruction massive en Irak — des informations des services de renseignements qui se sont "avérées incorrectes" — et admettre n'avoir anticipé dans les conséquences du conflit ni "le rôle d'al-Qaïda et de l'Iran" ni les années de violences intercommunautaires, mais maintient envers et contre tout qu'il fallait absolument renverser le président irakien Saddam Hussein. Certes Tony Blair est bien encore "triste" et "angoissé", mais il ne regrette aucunement d'avoir pris la décision de partir en guerre. "Je me suis souvent demandé si je m'étais trompé. Je souhaite que vous vous demandiez si j'ai pu avoir raison", écrit-il.

Cette autobiographie est aussi l'occasion pour Tony Blair d'éreinter Gordon Brown, son successeur au 10 Downing Street, jugé "brillant" mais "exaspérant", sans aucune "intelligence émotionnelle", et dont il estime que le mandat à la tête du gouvernement britannique n'a été rien moins qu'un "désastre". Faisant allusion à la bataille que se livrent actuellement les frères David et Ed Miliband pour occuper la direction du Labour, il invite le parti travailliste, relégué il y a quelques mois dans l'opposition, à ne pas dériver vers la gauche.

A Journey (700 pages), qui est déjà dans la liste des best-sellers d'Amazon le jour même de sa sortie, a été gardé secret par son éditeur, Random House, jusqu'au dernier moment, aucune bonne feuille et aucun service de presse n'ayant été communiqué à l'avance aux médias. Les droits d'auteur de Tony Blair (5,61 millions d'euros d'acompte à ce jour) seront, dit-on, reversés à un centre de rééducation pour anciens soldats britanniques blessés.

Un petit "dédommagement" que l'ex-avocat peut se permettre sans entamer une fortune estimée à quelque 24 millions d'euros amassés en trois ans. Après sa démission en 2007 du poste de Premier ministre, Tony Blair a en effet été engagé comme conseiller par des banques (JP Morgan Chase, Lansdowne Partners) et des sociétés d'assurances (Zurich Financial Services) pour des salaires astronomiques. Il s'est également lancé dans le business du conseil stratégique et des conférences politiques via une très complexe société "Tony Blair Associates" (TBA), composée d'une douzaine de filiales qui reçoivent de très curieux dons et facturent plus de 100.000 euros les interventions publiques de ce jeune retraité en or de la politique.

Ses nombreuses fondations (pour le sport, le dialogue interreligieux, etc...) et sa fonction d'émissaire (tout en faveur d'Israël) européen du Quartette pour le Proche-Orient lui permettent en outre de rester sur la scène publique et de voyager à moindre frais.

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Tony Blair, Mémoires (Éditions Albin Michel).