Blocus de Gaza

Blocus de Gaza

Israël a lancé lundi 31 mai un raid meurtrier contre des bateaux d'aide humanitaire à destination de la Bande de Gaza.

Selon le mouvement Free Gaza, à l'origine de ce convoi international de six navires chargés de vivres et de médicaments, "plusieurs dizaines de personnes ont été tuées ou blessées". La chaîne de télévision Al-Jazira rapporte que dix passagers auraient été tués et une trentaine d'autres blessés. Deux militaires israéliens auraient également été blessés lors du raid. Du côté de Tel-Aviv, aucune information officielle n'est disponible, la censure israélienne interdisant aux médias de diffuser le bilan précis de ce nouveau bain de sang. Tsahal (l'armée israélienne) et le gouvernement de Benjamin Netanyahou se bornent à affirmer que les soldats n'ont fait que se défendre "contre des terroristes haineux".

La "Flotille de la liberté", organisé par plusieurs organisations humanitaires turques et pro-palestiniennes, transportait plus de 600 passagers — dont des députés européens et Mairead Corrigan Maguire, prix Nobel de la Paix 1976 — et quelque 10.000 tonnes de matériels, vivres et médicaments à destination des Gazaouis soumis depuis 2007 au blocus de l'Etat juif. Partis de Turquie, les six bateaux ont fait route dimanche soir à partir de Chypre, et ont bravé les injonctions de la marine israélienne leur ordonnant de faire demi-tour alors qu'ils se trouvaient vers 3H du matin dans les eaux internationales, à une soixantaine de kilomètres des côtes de Gaza. Des commandos israéliens, transportés sur place par des hélicoptères et des navires de guerre, ont donné l'assaut en pleine nuit et mitraillé les passagers qui n'étaient pourtant pas armés.

Ismaïl Haniyeh, chef du gouvernement du Hamas à Gaza, a qualifiée l'attaque israélienne de "barbare". "Nous en appelons au secrétaire-général de l'ONU Ban Ki-moon pour qu'il prenne ses responsabilités afin de protéger la sécurité des groupes solidaires présents à bord de ces navires", a-t-il déclaré. Son mouvement appelle les Arabes et les musulmans à un "soulèvement" devant les ambassades israéliennes partout dans le monde. Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a pour sa part réclamé une réunion urgente du Conseil de sécurité de l'ONU et a décrété trois jours de deuil dans les territoires palestiniens. Amr Moussa, le chef des 22 pays de la Ligue arabe, a lui qualifié le raid israélien de "crime contre une mission humanitaire". Il estime que l'attaque sanglante de la "Flottille de la liberté" constitue "un nouveau message très fort d'Israël signifiant qu'il ne veut pas la paix". La Turquie, qui avait expressément demandé à Israël de laisser passer le convoi, a convoqué l'ambassadeur israélien pour l'informer des "conséquences irréparables" sur les relations bilatérales entre les deux pays. La Belgique, la Grèce et l'Espagne, entre autres pays européens, ont également convoqué les représentants diplomatiques d'Israël pour demander des explications sur l'attaque de la flotille. L'Union Européenne demande à Israël une "enquête approfondie" sur les circonstances de l'assaut. Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, se dit lui "profondément choqué", estimant que "rien ne saurait justifier l'emploi d'une telle violence".

L'Etat juif, qui a pourtant décidé unilatéralement en 2005 d'évacuer la Bande Gaza, s'y est livré lors de l'hiver 2008-2009 à un véritable massacre de la population civile qui a fait plus de 1.400 morts selon le Rapport Goldstone publié par l'ONU. Après avoir bombardé l'ensemble des infrastructures de ce minuscule territoire palestinien de 360 km2 décrété "entité hostile", il empêche depuis toute reconstruction économique et se réserve le droit d'en contrôler les frontières terrestres, aériennes et maritimes. Les 1,5 million de Palestiniens qui y vivent sont maintenus sous haute surveillance satellitaire et encerclés par des clôtures de grillages et de barbelés. Tous les points de passages et toutes les sources régulières d'approvisionnement sont verrouillés par Tsahal, qui ne laisse passer au compte-gouttes que quelques produits de première nécessité, alors que l'administration locale est placée sous un strict embargo financier.

Depuis la première "flotille de la liberté", lancée en août 2008, cinq convois sur huit ont réussi à débarquer, mais c'est la première fois que Free Gaza organise une opération d'une telle ampleur pour faire connaître au monde ce véritable camp de concentration à ciel ouvert.