Israël / Palestine

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Personne n'y croit plus mais, après dix-huit mois de blocage complet du processus de paix, des pourparlers indirects de paix entre Israéliens et Palestiniens ont officiellement repris hier. Le dernier obstacle avait été levé la veille par l'OLP (Organisation de Libération de la Palestine) et le Fatah de Mahmoud Abbas, qui avaient eux-mêmes reçu début mai le feu vert de la Ligue arabe.

Pendant quatre mois, George Mitchell, l'émissaire américain au Proche-Orient, assurera la médiation entre le président palestinien Mahmoud Abbas, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et le président américain Barack Obama. L'objectif de l'adminstration américaine est tout d'abord de débloquer le processus de paix, gelé en décembre 2008 à la suite de l'agression israélienne contre Gaza, puis de relancer les négociations directes entre les deux camps en vue de la création d'un Etat palestinien. Soucieux de ne pas renouveller l'échec de mars dernier, Washington a cette fois clairement mis en garde "contre toute mesure prise par l'une ou l'autre des parties qui saperait gravement la confiance durant ces pourparlers".

Les points de friction risquant de faire capoter les discussions ne manquent cependant pas, à commencer par la colonisation juive des territoires palestiniens, contentieux au coeur du conflit israélo-palestinien. Actuellement, environ 500.000 colons juifs vivent en toute illégalité parmi 2,5 millions de Palestiniens dans les territoires arabes occupés par Israël lors de la guerre de 1967. L'annonce par le gouvernement israélien, pendant la visite du vice-président américain Joe Biden en mars dernier, d'un énième projet de construction de logements juifs sur des terrains saisis à des Palestiniens dans les quartiers de Jérusalem-Est annexée, avait torpillé la précédente tentative de pourparlers et créé une grave crise diplomatique entre Israël et les Etats-Unis. L'administration Obama, comme la communauté internationale, réclament en effet l'arrêt de la colonisation en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem, ce dont ne veulent pas entendre parler les Israéliens. Benjamin Netanyahu n'a d'ailleurs pas manqué de rajouter de l'huile sur le feu en déclarant dès hier que "la construction et la planification à Jérusalem va continuer comme d'habitude, exactement comme cela a été le cas sous tous les gouvernements d'Israël au cours des 43 dernières années". Pour Saëb Erakat, principal négociateur de l'OLP chargé du dossier, "Le gouvernement israélien doit choisir, la paix ou la colonisation, et il doit comprendre que paix et colonisation ne peuvent aller ensemble", ajoutant que "nous espérons que tous les efforts possibles vont être déployés pour donner au président Obama et au sénateur Mitchell une chance de parvenir à une heureuse conclusion."

Outre la la colonisation des terres palestiniennes par l'Etat juif, les autres points de contentieux ne manquent pas: la démarcation des frontières sur la base des tracés de 1967, la sécurité d'Israël contre les attaques terroristes, le retour des réfugiés palestiniens, la destruction du "mur de la honte", la libération des prisonniers Palestiniens, la distribution de l'eau, la levée du blocus de Gaza, le statut de Jérusalem comme capitale du futur État Palestinien (que les partisans du Grand Israël considèrent comme leur capitale "éternelle et indivisible"), etc. Au final, l'actuel régime d'appartheid israélien acceptera-t-il enfin qu'un nouvel État palestinien doté des attributs d'un pays indépendant soit créé ? Rien de moins sûr, jusqu'ici Israël n'a accepté du bout des lèvres que la création d'un "territoire alloué aux Palestiniens sans armée, sans contrôle de l'espace aérien, sans monnaie et sans possibilité de nouer des alliances avec des pays étrangers comme l'Iran ou la Syrie".