Douglas Kennedy
Douglas Kennedy

On connaissait Douglas Kennedy pour ses thrillers psychologiques à succès mêlant subtilement suspense, drames et fines peintures sociales. On sait moins en revanche que l'auteur américain, qui vit entre Londres, le Maine et Paris, est aussi un voyageur. Au cours d'un long périple en Egypte en 1985, ce dernier a noirci quelques carnets relatant avec humour ses rencontres, ses déboires mais aussi des réflexions sociales et existentielles. Écrit il y a vingt-deux ans, Au-delà des pyramides est aujourd'hui traduit pour la première fois en français.

Dans quel esprit aviez-vous effectué ce voyage ?

Douglas Kennedy: J'étais à un moment plutôt difficile de ma vie professionnelle. J'avais essuyé un échec cuisant au théâtre et le journal dans lequel j'écrivais régulièrement une chronique m'avait licencié. La seule solution qui s'offrait à moi était de travailler. Or j'avais un contrat avec une petite maison d'édition qui était d'accord pour publier un récit de voyage en Egypte.

Pourquoi avoir choisi l'Egypte ?

Douglas Kennedy: C'est un pays arabe coincé entre l'Occident et le monde islamique. Avec l'accession de Sadate au pouvoir en 1970, l'Egypte s'est ouverte au capitalisme, mais pour la majorité de la population, celui-ci fut synonyme de pauvreté, d'autant plus que beaucoup d'Egyptiens manquaient d'éducation. C'était donc un terrain favorable au fondamentalisme. J'ai ressenti à l'époque cette montée en puissance du fondamentalisme même au Caire, qui était alors le Paris du monde arabe. On observe la même chose aujourd'hui partout. Regardez Sarah Palin face aux lumières de Barack Obama ! J'ai aussi pu voir l'incompréhension qui règne entre l'Occident et l'Afrique à travers mes rencontres.

Vous n'étiez pas encore romancier, mais chaque rencontre est comme un mini-roman...

Douglas Kennedy: J'en rêvais et j'écrivais déjà dans mon coin. En revanche, il a fallu que je passe par le genre du récit de voyage pour pouvoir le devenir. En fait, ce type de récit fut comme une sorte d'«école du roman», même si toutes les rencontres décrites dans Au-delà des pyramides sont vraies. En fait, la vie des autres m'a toujours intéressé et voyager permet de regarder la rue plutôt que son nombril, ce qui est nécessaire pour écrire des romans. Et puis, en Egypte, je me suis forcé tous les jours à écrire trois ou quatre heures. Aujourd'hui, je n'écris pas moins de 1.000 mots par jour, c'est une hygiène de vie.

Vous êtes aujourd'hui sur tous les fronts. Pensez-vous vivre la vie rêvée des écrivains ?

Douglas Kennedy: J'aime ce rythme d'un nouveau roman tous les deux ans. Mais il ne faut jamais sousestimer le sentiment de culpabilité des écrivains ! J'espère terminer avant mi-juillet mon prochain, une histoire d'amour dans le Berlin des années 1980. J'ai aussi écrit le scénario de l'adaptation de La femme du Ve par Pawel Pawlikowski. Ce n'est pas comme un roman que l'on soigne comme son propre enfant. Je suis un grand cinéphile et je sais que le scénario ne fait pas tout !

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Douglas Kennedy, Au-delà des pyramides (Éditions Belfond).