Israël / Palestine

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Les palestiniens ne se faisaient certes pas beaucoup d'illusions sur un rééquilibrage de la diplomatie américaine au Proche-Orient après l'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche. Hillary Clinton vient de leur confirmer clairement ce week-end qu'ils n'ont décidément rien à attendre de l'Amérique, soutien indéfectible de l'Etat juif jusque dans ses pires errements colonialistes.

Après avoir rencontré Mahmoud Abbas et Benyamin Netanyahou, respectivement président de l'Autorité palestinienne et Premier ministre israélien, la secrétaire d'État américaine a en effet exprimé la nouvelle position de son administration sur la question des colonies juives. C'est un soutien clair et net à Israël. Reprenant l'argumentaire fallacieux du gouvernement israélien, elle estime en effet que la colonisation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ne peut pas être gelée, comme le souhaitait un temps Barack Obama et une partie de la communauté internationale. Selon elle, les implantations israéliennes sur les territoires palestiniens sont "nécessaires pour assurer la sécurité d'Israël". Elles ne peuvent donc être ni démantelées ni stoppées. Infligeant un véritable camouflet à Mahmoud Abbas, qui fait du gel complet de la colonisation un préalable aux négociations de paix, elle a appelé les Palestiniens à reprendre les discussions avec Israël "dès que possible" et "sans conditions".

L'Autorité palestinienne a immédiatement opposé une fin de non-recevoir à cette nouvelle pression de Washington, accusé de "rétropédalage". Dans un communiqué, le négociateur palestinien Saëb Erakat estime que le processus de paix au Proche-Orient est plus que jamais à un tournant critique en raison du refus d'Israël de se conformer à la feuille de route de 2003, dans laquelle l'Etat juif s'engageait pourtant à cesser toute nouvelle colonisation des territoires palestiniens qu'il occupe illégalement depuis 1967. "Les Palestiniens ne peuvent accepter la poursuite de la colonisation de la terre palestinienne en violation des lois internationales", indique-t-il. "Faire pression sur les Palestiniens pour qu'ils fassent davantage de concessions afin d'accommoder l'intransigeance d'Israël n'est pas la réponse", poursuit Saëb Erakat qui estime que "Si l'Amérique n'arrive pas à faire en sorte qu'Israël respecte le gel de la colonisation, quelle chance les Palestiniens ont-ils d'arriver à un accord avec Israël ?". Le gouvernement palestinien juge en outre qu'Israël "ne devrait pas se voir offrir la moindre excuse pour poursuivre des activités de colonisation illégales" car "les négociations portent sur la fin de l'occupation, et la poursuite de la colonisation signifie au contraire l'enracinement de l'occupation". Le porte-parole de Mahmoud Abbas répète que les Palestiniens ne retourneront à la table des négociations qu'en échange d'un arrêt de la colonisation.

Du côté de l'Etat juif, on jubile et on savoure le volte-face d'une Hillary Clinton qualifiant de "sans précédent" les propositions de Benyamin Netanyahou après que ce dernier ait déclaré avoir l'intention de suspendre "momentanément" les nouvelles implations, tout en confirmant par ailleurs qu'il ne limitera pas la construction à Jérusalem-Est et ne retirera pas l'autorisation d'un projet immobilier de 3.000 nouveaux logements en Cisjordanie. "Ce que le premier ministre israélien a proposé en matière de retenue dans la politique de colonisation est sans précédent", affirme ainsi la secrétaire d'État américaine qui espère "voir les deux parties reprendre les négociations le plus tôt possible". Comme elle, Benyamin Netanyahou "espère que les Palestiniens comprendront qu'ils doivent s'engager dans le processus de paix, car c'est dans leur intérêt comme dans le nôtre".

Hillary Clinton poursuit aujourd'hui et demain sa tournée "diplomatique" au Maroc, où elle participe au 6e "Forum pour l'avenir", une rencontre qui réunit les États membres du G8 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni et Russie), une vingtaine de pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord ainsi que des représentants de la Commission européenne et de la Ligue arabe. Ce forum consacré notamment au dialogue Occident-Islam et au conflit israélo-palestinien sera sans doute l'occasion pour elle d'entendre de nouveau le point de vue de ses homologues arabes sur le sujet. Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, a déjà déclaré qu'il lui fera part de l'opposition de son organisation à toute reprise des négociations de paix sans gel de la colonisation israélienne. "S'il n'y a pas de gel des colonisations, quel est le but de nouvelles négociations ? Ce n'est pas sérieux", a-t-il affirmé. Au cours d'une conférence de presse commune, le président égyptien Hosni Moubarak et le roi Abdallah II de Jordanie — les deux seuls pays arabes ayant signé des accords de paix avec Israël — ont de leur côté insisté "sur la nécessité d'un arrêt immédiat de toutes les actions unilatérales israéliennes qui sapent les chances de paix, en particulier la colonisation". Le roi Mohammed VI réaffirme pour sa part le soutien du Maroc à l'initiative arabe de paix, qui propose la paix contre la récupération des terres palestiniennes confisquées par Israël et le retour aux frontières de 1967.