Tony Blair

Tony Blair

Depuis le vote irlandais en faveur du Traité de Lisbonne, il ne fait plus guère de doute que le texte sur les nouvelles institutions européennes — qui doit cependant encore être ratifié par la Pologne et la République tchèque — entrera en vigueur dès l'année prochaine. La grande question qui taraude donc les chancelleries des 27 Etats membres est maintenant celle du choix du futur premier président de l'Europe. Un homme s'est déjà dit intéressé par le poste: l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair, mais sa candidature fait grincer quelques dents.

Certes Tony Blair compte de nombreux soutiens, notamment à droite, parmi les libéraux et les conservateurs européens qui comptent dans leurs rangs les deux poids lourds européens que sont la chancelière allemande Angela Merkel et l'omniprésident français Nicolas Sarkozy. Le Premier ministre anglais Gordon Brown lui apporte évidemment aussi son soutien, concitoyenneté oblige, même si sa candidature est contestée par la plupart des partis politiques britanniques, dont notamment les Tories (droite), et surtout par les anglais eux-mêmes. Tony Blair reste en effet pour les britanniques le "valet" de George W. Bush, celui qui a engagé en 2003 le Royaume-Uni dans la guerre en Irak malgré leur opposition manifeste. Il est aussi pour eux l'ancien Travailliste (gauche) qui s'était fait élire sur un programme socialiste avant de mener pendant dix ans, de 1997 à 2007, une politique clairement antisociale. Enfin, il est également celui qui avait promis à ses nombreux concitoyens eurosceptiques un référendum sur le traité de Lisbonne alors que le texte est finalement ratifié par le Parlement. Un peu partout en Grande-Bretagne, on imagine donc mal s'être enfin débarassé d'un très impopulaire Tony Blair pour le voir réapparaître à la tête de l'Union Européenne sans même pouvoir voter.

La candidature de Tony Blair ne convainc pas non plus toutes les capitales européennes. D'abord parce que Londres ne fait partie ni de la zone euro ni de l'espace Schengen. Ensuite parce que d'autres candidats plus consensuels peuvent lui être opposés. Le président devra "avoir de grandes oreilles pour entendre tous les signaux des capitales" déclarait hier le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker. Nommé pour un mandat de deux ans et demi renouvelable une fois, le président en titre devra en effet coordonner les travaux du Conseil européen, qui rassemble les 27 chefs d'Etat de l'Union, mais aussi et avant tout incarner aux yeux du monde le visage et la voix du demi-milliard de citoyens européens. Son choix est déterminant pour l'avenir de l'Europe. Un Tony Blair représentant d'un pays eurosceptique, néoconservateur et ultralibéral (Les socialistes européens, pourtant aujourd'hui quasiment situés au centre-droit, ne le considèrent même plus comme un des leurs), mauvais négociateur (son échec comme représentant du Quartet UE, ONU, États-Unis et Russie au Proche-Orient est patent), plombé de surcroît par un indéfectible sionisme et un soutien inconsidéré à la guerre de civilisations menée par George W. Bush, n'est sans doute pas la meilleure image que la future Europe puisse délivrer au monde. Cela dit, José Manuel Barroso, dont le profil est semblable à celui de Tony Blair, a bien été réélu en septembre dernier à la présidence de la Commission Européenne, soutenu par la totalité des 27 chefs d'Etat et de gouvernements. L'ancien locataire de Downing Street a donc encore toutes ses chances de remporter le poste, ce d'autant plus qu'il est le seul candidat déclaré.

Parmi les autres candidats potentiels à la tête de l'Union Européenne on cite les noms des Premier ministre Jan Peter Balkenende (Pays-Bas), Jean-Claude Juncker (Luxembourg), Wolfgang Schüssel (Autriche), Paavo Lipponen (Finlande) et François Fillon (France), de la présidente irlandaise Mary Robinson et de Felipe Gonzalez, ancien Premier ministre espagnol et actuel président du groupe des sages chargé de réfléchir à l'avenir de l'Union. Encore faut-il que ces derniers se déclarent ouvertement candidats face à Tony Blair et que le choix du futur président de l'Europe ne se fasse pas à coups de marchandages, dans le secret des chancelleries et sans débat démocratique, comme il faut malheureusement s'y attendre.

À noter qu'une autre lutte pour le poste de "Haut représentant pour la politique étrangère et la politique de sécurité" (c'est-à-dire plus simplement de Ministre des Affaires étrangères), qui sera également vice-président de l'Union Européenne et président du conseil des ministres des Affaires étrangères, a aussi commencée. Wolfgang Schauble (ministre de l'intérieur allemand), Frank-Walter Steinmeier (vice-chancelier allemand), Carl Bildt (ministre des Affaires étrangères suédois), Olli Rehn (finlandais, actuel commissaire européen à l'élargissement) et le député UMP français Michel Barnier, ex-ministre de l'Agriculture du second gouvernement Fillon / Sarkozy, sont pressentis pour occuper cette fonction presque aussi importante que celle de président de l'Europe.