José Manuel Barroso
José Manuel Barroso

Universitaire, Homme politique, Président de la Commission Européenne depuis 2004, José Manuel Barroso — José Manuel Durao Barroso pour l'état civil — est né le 23 mars 1956 à Lisbonne (Portugal). Il suit sa scolarité à Lisbonne sous la dictature salazariste tout en s'engageant très jeune en politique. Dès 1974, pendant la Révolution des Oeillets qui entraînera la chute d'Antonio Salazar, il prend la tête du mouvement des étudiants maoïstes portugais, le MRPP (Mouvement pour la Réorganisation du Parti du Prolétariat), qui s'opposera ensuite à l'accession au pouvoir du Parti communiste portugais et que l'on soupçonne aujourd"hui d'avoir été financé et manipulé par la CIA. De 1975 à 1979, il suit des études à la Faculté de Droit de l'Université de Lisbonne dont il préside l'Association académique. Il abandonne l'extrême-gauche pour soutenir activement le socialiste Mario Soares, premier ministre des deux gouvernements constitutionnels de 1976 et 1978. En 1979, il fonde l'Association Universitaire d'Études Européennes. En 1980, il adhère au mal nommé Parti Social Démocrate (PSD), de centre droit. L'année suivante, José Manuel Barroso s'installe en Suisse pour continuer ses études à la Faculté des sciences économiques et sociales de l'Université de Genève, d'où il sort en 1982 avec un Master de Sciences politiques. De 1982 à 1985, il poursuit sa formation à l'Institut Universitaire d'Études Européennes de Genève, où il assiste notamment le professeur Dusan Sidjanski, et soutient une thèse consacrée au processus de démocratisation politique du Portugal.

José Manuel Barroso entame ensuite une brillante carrière à la fois universitaire et politique. Professeur à l'Université de Lisbonne, il devient Président du PSD portugais, puis est élu député en 1985 (il conservera ce mandat de député jusqu'en 2002, remportant six élections consécutives). La même année, il est nommé Secrétaire d'Etat aux Affaires intérieures puis, en 1987, Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et à la Coopération. De 1992 à 1995, il occupe le fauteuil de Ministre des Affaires étrangères du Portugal et gère le dossier des anciennes colonies portugaises, mettant notamment en place le processus de paix en Angola et l'autodétermination du Timor oriental.

En 1995, José Manuel Barroso perd son poste de ministre mais garde son siège de député. Il devient Président de la commission des affaires étrangères du Parlement, fonde la Revista de Cienca politica, et prend la tête du département de relations internationales de l'Université Lusiada de Lisbonne. Jusqu'en 1999, il séjourne parallèlement comme professeur invité dans diverses universités, en particulier à la Georgetown University de Washington (Etats-Unis) de 1996 à 1998.

En 1999, José Manuel Barroso est élu Président du Parti Social Démocrate (PSD, mandat qui sera renouvelé à trois reprises jusqu'en 2004). La même année, il devient également vice-président du Parti Populaire Européen (PPE), qui regroupe la plupart des partis de droite chrétiens-démocrates et/ou conservateurs de l'Union Européenne. En 2001, il devient en outre Vice-président du Center Democrats International. À la suite des élections législatives du printemps 2002, qui voient le PSD s'allier au Centre Démocratique Social (CDS), José Manuel Barroso accède au poste de Premier Ministre du XVe gouvernement constitutionnel portugais. L'ex-étudiant d'extrême-gauche converti à la droite chrétienne social-démocrate, qui se présente comme "modéré, réformateur et anti-étatiste", mène alors une politique de rigueur sans précédent fortement teintée d'ultralibéralisme. Désormais foncièrement de droite, occidentaliste, chrétien sioniste, atlantiste, il adhère aux thèses économiques et politiques des néo-conservateurs américains dont il soutient toutes les dérives sur la scène internationale. En mars 2003, il organise pour eux le Sommet des Açores qui rassemble George W. Bush, Tony Blair et José Maria Aznar afin de décider du déclenchement de la guerre en Irak contre l'avis de l'ONU. Il n'hésite pas non plus à confier les aéroports et l'espace aérien portugais à la CIA qui s'en sert pour transférer secrètement et en toute illégalité quelques 700 prisonniers arabo-musulmans vers Guantanamo.

Le 22 juillet 2004, le polyglotte José Manuel Durao Barroso — il parle français, anglais, espagnol, portugais et un peu allemand — est désigné pour succéder à Romano Prodi à la présidence de la Commission européenne. Face au belge Guy Verhofstadt, fédéraliste convaincu et opposant de la première heure à la guerre en Irak, il est fermement soutenu par Tony Blair et par les dirigeants européens les plus conservateurs. Il recueille 413 voix sur 711 lors d'un vote spécial du Conseil européen et entame son premier mandat de cinq ans en novembre 2004. Il engage l'Europe dans une politique économique ultralibérale et prône la libéralisation totale du grand marché mondial. Il nomme à tous les postes clés — concurrence, marché intérieur, commerce international, etc. — des ultralibéraux pur jus, fustige le non des peuples français et néerlandais lors des référendum sur la Constitution européenne, défend la célèbre directive Bolkestein (ce qui déclenche à l'époque la colère de Jacques Chirac), favorise l'introduction des OGM en Europe malgré l'opposition citoyenne, prend régulièrement position en faveur du régime d'apartheid israélien, soutient activement le très scélérat Traité modifié de Nicolas Sarkozy (dit Traité de Lisbonne, actuellement bloqué par les résultats du référendum irlandais) ainsi que le projet d'une défense militaire européenne totalement intégrée à l'OTAN. Plus globalement, il tient des discours souvent incompréhensibles et contradictoires et ne cesse d'effectuer des revirements sur presque tous les dossiers sensibles, ce qui lui vaut le surnom de "caméléon". En 2008, José Manuel Barroso est l'un des derniers responsables politiques au monde à prendre la mesure de la crise financière et économique internationale. Beaucoup d'observateurs critiquent sa gestion qui laisse l'Europe sans politique commune face à la crise, et même s'il a infléchi quelque peu son discours vers plus de social (il vient de promettre à la gauche de "combattre le dumping social"), il reste aujourd'hui encore hostile à une véritable réglementation des marchés financiers. On lui reproche aussi d'avoir affaibli le rôle de la Commission, transformée sous son mandat en simple "secrétariat des Etats membres", selon la députée socialiste Elisabeth Guigou.

Malgré ce bilan aussi peu brillant que controversé, José Manuel Barroso présente en 2009 sa candidature à sa propre succession. Archifavori des conservateurs chrétiens du Parti Populaire Européen (PPE) — première formation politique de l'assemblée avec 263 députés sur 736 — et seul candidat déclaré, il est soutenu par la totalité des 27 chefs d'Etat et de gouvernements, dont notamment son grand ami Nicolas Sarkozy. Certains chefs de gouvernements dits "de gauche", comme entre autres l'espagnol José Luis Zapatero, l'anglais Gordon Brown ou encore le portugais José Socrates, lui sont également tout acquis. À la suite de diverses tractations politiciennes et d'un vrai-faux suspens de quelques semaines, et malgré une campagne anti-Barroso lancée par les groupes écologistes et d'extrême gauche, il est réélu le 16 septembre 2009 pour un second mandat de cinq ans à la présidence de la Commission européenne. Les Libéraux et Conservateurs du PPE au Parlement européen lui donnent une confortable majorité de 382 voix sur 718 bulletins exprimés. 219 eurodéputés (essentiellement Verts et Gauche radicale) votent contre lui, mais 117 (pour la plupart membres du Parti Socialiste Européen et de l'Alliance Socialistes & Démocrates) s'abstiennent, entraînant du coup sa réélection.

José Manuel Barroso est l'auteur de plusieurs livres dans le domaine des sciences politiques, des relations internationales et des questions européennes. Citons entre autres Sistema de governoe sistema partidario (1980), Le Système politique portugais face à l'intégration européenne (1983), Politica de cooperaçao (1990), Uma certa ideia de Europa (1999), Uma ideia para Portugal (2000), Mudar de modelo (2002), Reformar, dois anos de governo (2004),... Il a également signé de nombreux articles dans des ouvrages collectifs, des encyclopédies et des revues.

Parmi la vingtaine de titres et distinctions reçues, il est Grand-Croix de l'ordre du Christ (Portugal), Doctor honoris causa des universités de Georgetown (Etats-Unis), Nice (France), Rome (Italie) et Sao Paulo (Brésil), Global Leader for Tomorrow du Forum économique mondial, Prix spécial du Business Centre Club de Pologne, élu Européen de l'année 2006 par le journal European Voice, Membre honoraire de l'Academia portuguesa da historia, Médaille d'or de l'Institut royal des études européennes de Madrid, Citoyen honoraire des villes de Rio de Janeiro, Delphes et Athènes, Prix du leadership transatlantique de l'Institut européen de Washington, Médaille d'or du Parlement grec et membre de la confrérie du vin de Porto.

Il est marié à Margarida Pinto Ribeiro de Sousa, avec qui il a eu trois enfants aujourd'hui adultes, et vit à Bruxelles.