Israël / Gaza

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Dans un rapport très circonstancié intitulé Opération plomb durci: 22 jours de morts et de destruction à Gaza, Amnesty International accuse Israël de "crimes de guerre" lors de son agression contre les Palestiniens de la Bande de Gaza l'hiver dernier. Pour l'ONG de défense des droits de l'Homme, l'Etat juif a délibérément violé les lois humanitaires internationales pendant ce véritable bain de sang en territoire palestinien qui a duré 22 jours, du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009.

Le rapport de 120 pages confirme les chiffres déjà fournis par le Ministère de la Santé de Gaza et le Centre palestinien des droits de l'homme, à savoir 1.400 Palestiniens tués (la plupart civils, dont 300 enfants, 115 femmes, 85 personnes âgées), plus de 5.000 blessés et quelque 2.700 bâtiments détruits. Amnesty International précise, preuves à l'appui, que Tsahal (l'armée israélienne) s'est livrée à des destructions "gratuites et délibérées", notamment en ne faisant aucune distinction entre les cibles civiles et militaires. Missiles air-sol, obus à fléchettes et autres bombes au phosphore blanc ont ainsi été largués "au dessus de zones à grande densité de population" sans être aucunement justifiés par des impératifs militaires, massacrant de fait les populations civiles palestiniennes piégées dans leur prison à ciel ouvert en raison du blocus préalablement imposé par Israël. L'organisation humanitaire accuse en outre Tsahal d'avoir utilisé des civils palestiniens, dont des enfants, comme "boucliers humains" en les obligeant à rester près de ses positions ou en les forçant à examiner des objets susceptibles d'être piégés. Elle souligne enfin le fait que l'armée israélienne a bloqué l'aide humanitaire et a même fréquemment empêché les équipes médicales d'aller soigner les blessés palestiniens. Elle estime que la nature des attaques et le nombre élevé de pertes civiles révèlent "un mépris pour la vie des civils et de leurs biens". Pour Donatella Rovera, qui a dirigé l'équipe d'enquête d'Amnesty International à Gaza, "la mort d'un si grand nombre de civils ne peut être simplement qualifiée de dommage collatéral, comme le laisse entendre Israël. De nombreuses questions restent en suspens sur ces attaques et sur le fait qu'elles se sont poursuivies sans relâche malgré le nombre croissant de civils tués".

Concernant le Hamas, Amnesty International indique que ses ripostes et tirs de roquettes artisanales ont tué en tout et pour tout six militaires et trois civils Israéliens, ce qui n'en constitue pas moins des actes "aveugles et illégaux au regard du droit international", selon l'ONG qui n'a par ailleurs trouvée aucune preuve permettant d'affirmer que le mouvement islamiste utilisait la population palestinienne comme "bouclier humain", ainsi que le soutient Israël.

Le rapport Opération plomb durci: 22 jours de morts et de destruction à Gaza est publié en même temps que celui du Haut Conseil aux Réfugiés de l'ONU (CICR), Gaza: 1,5 million de personnes en proie au désespoir, qui accable également les autorités israéliennes pour les massacres commis par Tsahal. Selon ce rapport, "six mois après l'opération militaire israélienne, les Gazaouis ne peuvent toujours pas reconstruire leur vie. La plupart d'entre eux ont du mal à joindre les deux bouts. Les patients gravement malades ont de la difficulté à obtenir le traitement dont ils ont besoin. Nombre d'enfants souffrent de problèmes psychologiques graves. Les civils dont les foyers et les biens ont été détruits durant le conflit n'arrivent pas à se relever". Un même constat a été effectué par l'ancien président des Etats-Unis, Jimmy Carter, qui a effectué une tournée régionale au proche-Orient le mois dernier et a exhorté Israël à lever son blocus inhumain.

Le gouvernement israélien niant ses responsabillités et refusant obstinément de coopérer avec la mission d'enquête du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, dirigée par Richard Goldstone, Amnesty International appelle la communauté internationale à lancer un embargo "total et immédiat" des livraisons d'armes à l'Etat juif. Elle demande également aux États d'appliquer le principe de compétence universelle et d'engager des actions pour traduire en Justice les criminels de guerre israéliens.