Benyamin Netanyahou

Benyamin Netanyahou

"Si les Palestiniens reconnaissent Israël comme l'Etat du peuple juif, alors nous parviendrons à une solution fondée sur un Etat palestinien démilitarisé aux côtés d'Israël". Loin de répondre aux exigences de Barak Obama qui avait clairement exigé la création d'un Etat palestinien et un gel total de la colonisation israélienne lors de son discours du Caire à l'adresse du monde arabo-musulman, Benyamin Netanyahou a répondu hier par de nouvelles propositions dilatoires pour la résolution du conflit israélo-palestinien.

S'il accepte pour la première fois d'évoquer la perspective d'un futur Etat palestinien, les conditions imposées par Benyamin Netanyahou ferment en effet d'emblée toute avancée du processus de paix. En réclamant qu'Israël soit reconnu officiellement comme "l'Etat du peuple juif", le premier ministre israélien sait ainsi pertinemment qu'une telle mesure est innaceptable par les Palestiniens car elle exclut d'office les quelque 1,5 million de Palestiniens citoyens d'Israël. Pour ce qui concerne le retour des réfugiés palestiniens et de leurs descendants, le problème doit être résolu "hors des frontières" de l'Etat juif, affirme également Benyamin Netanyahou. Le chef du gouvernement israélien exclue en outre de geler la colonisation de la Cisjordanie occupée, où se sont installés illégalement plus de 300.000 Israéliens. Sur ce point, il faut selon lui "permettre aux habitants des implantations de vivre normalement", c'est-à-dire permettre à Israël d'occuper encore plus largement les Territoires palestiniens — et Jérusalem-Est — en vertu de la "croissance naturelle" des colonies. Autre point majeur, le chef du gouvernement israélien réclame le contrôle de l'espace aérien du pays ainsi que "des garanties sur la démilitarisation" des Palestiniens, ce qui enlève la principale prérogative d'un Etat indépendant souverain, celui de pouvoir se défendre en cas d'agression. Benyamin Netanyahou réclame aussi que Jérusalem soit unifiée pour devenir la capitale du seul Israël. Enfin, il ne dit rien sur les frontières de l'éventuel Etat palestinien, dont on imagine guère qu'il les envisage sur celles de 1967 pourtant clairement définies par les Nations Unies, et rien non plus sur le blocus inhumain de la Bande Gaza ou sur le sort des dizaines de milliers de Palestiniens actuellement enfermés arbitrairement dans les geôles de l'Etat juif.

Réagissant à ces conditions draconiennes, l'Autorité palestinienne a immédiatement exprimé sa déception, accusant Benyamin Netanyahou de torpiller les initiatives de paix dans la région. "Notre exigence principale est la fin de l'occupation, une solution juste pour les réfugiés et l'arrêt de la colonisation. Les autres détails seront abordés dans le cadre des négociations", estime les conseillers du président Mahmoud Abbas. "La communauté internationale doit contester cette politique, par laquelle Netanyahu cherche à porter un coup fatal à toute chance de paix, et exercer des pressions sur lui afin qu'il adhère à la légitimité internationale et à la feuille de route", estiment-ils en faisant allusion au plan de paix de 2003 parrainé par les Etats-Unis. Le mouvement islamiste Hamas, qui contrôle depuis 2007 la Bande de Gaza, a dénoncé pour sa part l'idéologie "raciste et extrémiste" du Premier ministre israélien qui "fait fi de tous les droits du peuple palestinien" en proposant "un État palestinien sans identité, sans souveraineté, sans armée, sans Jérusalem, sans droit au retour (des réfugiés) et insiste sur le maintien des colonies". Du côté des Occidentaux, Barack Obama a diplomatiquement salué "l'important pas en avant" que représente le discours de Benyamin Netanyahou. L'Union européenne, qui s'entretient cette semaine à Luxembourg avec le ministre juif d'extrême-droite Avigdor Lierberman, voit elle "un pas dans la bonne direction". Paris, par la voix du très pro-israélien ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, salue "l'avancée" et "la perspective tracée" par le premier ministre israélien.