José Manuel Barroso

José Manuel Barroso

Le portugais José Manuel Barroso, président sortant de la Commission Européenne, a officiellement présenté hier sa candidature à sa propre succession. Archifavori des conservateurs chrétiens du Parti Populaire Européen (PPE) — première formation politique de l'assemblée avec 263 députés sur 736 — et seul candidat déclaré, il a toutes les chances d'être réélu pour un second mandat de cinq ans à la tête de la Commission Européenne. La chancelière allemande Angela Merkel et le ministre des Affaires étrangères français Bernard Kouchner n'ont d'ailleurs pas manqué de s'ajouter dès hier à la déjà longue liste de ses soutiens. Ses nombreux amis chefs d'Etat et de gouvernements de droite, dont notamment Nicolas Sarkozy, forts de leur récente victoire aux élections européennes, pourraient même décider de proposer sa reconduction dès le sommet de jeudi à Bruxelles, afin de le confirmer au vote de la session inaugurale du Parlement de Strasbourg les 14 et 15 juillet prochains. Le PPE a entamé à cet effet de grandes manoeuvres pour rallier les groupes libéraux et socialistes à la candidature de son poulain. En échange de leur soutien, ces derniers pourraient ainsi par exemple se voir offrir des présidences de commissions parlementaires. Certains chefs de gouvernements "de gauche", comme entre autres l'espagnol José Luis Zapatero, l'anglais Gordon Brown ou encore le portugais José Socrates, lui sont tout acquis. Mais la question agite beaucoup de monde. La reconduction de José Manuel Barroso n'est peut-être pas aussi assurée que certains le voudraient et les 27 chefs d'Etat qui le soutiennent à l'unanimité pourraient bien se voir infligé un camouflet le 14 juillet par les députés européens.

José Manuel Barroso est en effet vivement critiqué par les élus de gauche, d'abord pour son engagement ultralibéral, mais aussi pour sa gestion peu probante d'une crise économique dont il a été l'un des derniers responsables au monde à prendre la mesure. Beaucoup lui reprochent aussi d'avoir affaibli le rôle de la Commission, transformée sous son mandat en simple "secrétariat des Etats membres" selon Elisabeth Guigou. Il pourrait donc se heurter à une coalition majoritaire regroupant une partie des eurosceptiques, des socialistes et des démocrates alliés aux groupes écologistes et d'extrême gauche qui sont bien décidés à lui barrer la route. Le timing de l'élection des futurs président et ministre des Affaires étrangères de l'Union constitue un autre enjeu. Actuellement, en vertu du traité de Nice, une majorité simple à l'assemblée suffit pour élire le président. Mais certains pays estiment que, juridiquement, il faut attendre la ratification définitive du Traité de Lisbonne, actuellement bloquée par les résultats du référendum irlandais (ceux du référendum français ont pour leur part été purement et simplement effacés par un tour de passe-passe parlementaire de Nicolas Sarkozy). Une majorité absolue serait alors nécessaire à José Manuel Barroso.

José Manuel Barroso, 53 ans, est sans doute avec son ami Nicolas Sarkozy l'un des responsables politiques européens les plus occidentalistes et les plus néo-conservateurs de la planète. De nonbreuses "casseroles" sont attachées à son nom. Atlantiste, il est l'un des plus fervents partisans d'une défense militaire européenne totalement intégrée à l'OTAN, donc dépendante des Etats-Unis. Premier ministre du Portugal, il est en mars 2003 l'organisateur du Sommet des Açores qui rassemble George W. Bush, Tony Blair et José Maria Aznar afin de décider du déclenchement de la guerre en Irak contre l'avis de l'ONU. Illustrant ensuite son soutien actif aux dérives des néoconservateurs américains, il n'hésite pas à confier les aéroports et l'espace aérien portugais à la CIA qui s'en sert pour transférer secrètement et en toute illégalité quelques 700 prisonniers arabo-musulmans vers Guantanamo. Néolibéral, José Barroso prône aussi vivement la libéralisation totale du grand marché mondial. Pendant la campagne sur la Constitution européenne, il se fait défenseur de la célèbre directive Bolkestein et aujourd'hui encore, malgré les dégâts de la crise, il reste hostile à une réglementation des marchés financiers. Dernier en date des exploits du président de la Commission Européenne, heureusement contré de justesse, il s'illustre en autorisant la production industrielle de vin rosé par mélange de rouge et de blanc.