Mahmoud Abbas

Mahmoud Abbas

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, se rend aujourd'hui à Washington pour sa première rencontre avec Barack Obama, dont il attend un soutien actif à la création d'un Etat palestinien en dépit de l'opposition d'Israël. "Nous avons beaucoup de sujets à discuter avec le président Obama concernant le processus de paix, notamment l'arrêt de la colonisation ainsi que l'acceptation par Israël d'un règlement du conflit sur la base d'une solution à deux Etats", a-t-il annoncé avant son départ. Ces deux questions sont liées dans la mesure où un Etat palestinien ne peut devenir viable si la Cisjordanie continue comme aujourd'hui d'être soumise à la politique d'apartheid du régime israélien et morcelée par la multiplication des colonies juives illégales. Aujourd'hui, environ 300.000 Israéliens vivent déjà dans 120 colonies. Pour le Fatah de Mahmoud Abbas, "Le président Obama a le choix: soit il contraint Israël d'accepter la solution à deux Etats et ouvre une nouvelle page dans la région, soit il continue de traiter Israël comme un Etat au-dessus des lois, ce qui est susceptible de clore le chapitre de la paix et faire le jeu des extrémistes dans la région". Pour le Hamas, le parti islamiste au pouvoir à Gaza depuis juin 2007, il n'y a rien à attendre de la rencontre Abbas / Obama, "si ce n'est comme d'habitude de nouvelles pressions de l'administration américaine sur Abbas pour qu'il fasse des concessions au profit de l'entité israélienne".

Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, n'est en effet pas favorable à la perspective d'un Etat palestinien. Lors de son rendez-vous à la Maison Blanche, il y a une dizaine de jours, Barack Obama lui a toutefois bien fait comprendre que l'ère Bush était terminée et que le temps n'était plus aux manoeuvres dilatoires qui entravent depuis des décennies l'aboutissement du processus de paix au Proche-Orient. Il lui a également rappelé la feuille de route de 2003 du Quartet pour la paix au Proche-Orient (Etats-Unis, Russie, Union européenne et Nations unies) qui fixe clairement à l'Etat juif l'obligation de geler la colonisation illégale des Territoires palestiniens.

Sous la pression, Benyamin Netanyahou a fini par exprimer la semaine dernière des "réserves" quant à la création d'un Etat palestinien, qu'il pourrait éventuellement accepter si celui-ci ne dispose que d'une souveraineté limitée, mais a réafirmé que son gouvernement entendait poursuivre l'accroissement des colonies existantes en Cisjordanie en raison de leur "croissance naturelle". Son ministre des Affaires étrangères, l'ultra-nationaliste Avigdor Lieberman, a pour sa part opposé le même jour un triple non à la création d'un Etat palestinien, à un retour aux frontières de 1967 et à un gel de la colonisation.

Benyamin Netanyahou doit se rendre à Paris le 3 juin prochain pour rencontrer le très pro-israélien Nicolas Sarkozy, sans nul doute son meilleur soutien sur la scène internationale. Bien loin d'éventuelles pressions de l'administration Obama, et malgré les discours de façade en faveur de la création d'un Etat palestinien, la France de Nicolas Sarkozy pèse en effet au contraire de tout son poids diplomatique pour renforcer sans condition aucune les accords de l'Union Européenne avec le régime israélien. En décembre dernier, alors qu'Israël commençait son massacre dans la Bande de Gaza, l'hôte de l'Elysée, alors président en exercice de l'Union Européenne, a même fait adopter sans aucun débat au Parlement de Strasbourg le principe d'un rehaussement des liens entre l'Europe et Israël.