Rafael Correa

Rafael Correa

Rafael Correa est né le 06 avril 1963 à Guayaquil (Équateur) dans une famille modeste. Il passe son enfance et sa prime jeunesse dans la paroisse de Pedro Carbo, où il fait partie d'un mouvement de jeunesse catholique. Son père, un temps sans emploi pendant la période de grande misère des années '60, servit de "mule" à des trafiquants de drogue et fût emprisonné pendant quatre années aux Etats-Unis avant de se suicider.

Au début des années '80, Rafael Correa entame des études de sciences économiques à l'Université catholique de Santiago de Guayaquil. Il bénéficie peu après d'une bourse afin de poursuivre ses études à Louvain, en Belgique. En 1986-87 il passe une année comme bénévole auprès des pères salésiens dans une paroisse de la province de Cotopaxi, oeuvrant notamment pour les communautés indigènes de la paroisse. Il y apprend à parler le quechua (la langue des Incas), enseigne les mathématiques, forme des instituteurs et y crée un réseau de micro-entreprises rurales. En 1990, Rafael Correa obtient une maîtrise en économie de l'Université Catholique de Louvain-La-Neuve (Belgique) puis, en 2001, un doctorat en économie de l'Université d'Urbana-Champaign (Illinois, Etats-Unis). Parallèlement, de 1993 à 2005, il enseigne l'économie aux universités de Guayaquil et de Quito (Équateur). En 1992, pendant son séjour à l'UCL, il épouse la belge Anne Malherbe, qui enseignera par la suite au Lycée français de Quito et lui donnera trois enfants.

Rafael Correa s'engage en politique sous le mandat de Lucio Gutierrez, élu président de l'Equateur en novembre 2002. Il est nommé conseiller économique du vice-président Alfredo Palacio. En avril 2005, à la suite de révoltes populaires et de la destitution de Gutierrez par le Congrès, Alfredo Palacio devient président par intérim. Il nomme Rafael Correa ministre de l'économie en novembre de la même année. Ce dernier s'oppose immédiatement aux politiques destructrices imposées par la Banque mondiale, le FMI et les Etats-Unis en Amérique latine. Au grand dam de l'administration Bush il décide de revoir l'utilisation des ressources pétrolières du pays et refuse de rembourser une partie de la dette extérieure (40% du budget national de l'Équateur) qu'il réoriente vers un programme social en faveur des pauvres. En raison de désaccords politiques avec le président Palacio, mais aussi parce qu'on lui reproche ses liens amicaux avec le président du Vénézuela Hugo Chavez, Rafael Correa démissionne de son poste de ministre de l'économie au bout de quelques mois. "J'ai essayé de changer radicalement la politique économique parce que les vingt dernières années de néolibéralisme ont été un véritable désastre. Pour défendre leurs privilèges, la banque, les maîtres du pétrole, les Etats-Unis, le FMI, la Banque mondiale, la Banque interaméricaine de développement ont fait pression sur le président, et j'ai perdu sa confiance, son appui", explique-t-il.

Rafael Correa se déclare alors candidat à l'élection présidentielle de 2006. Admirateur de Che Guevara, de Simon Bolivar et de Fidel Castro, partisan de la révolution bolivarienne de Hugo Chavez (Vénézuela) et Evo Morales (Bolivie), il prône pour l'Équateur une "révolution citoyenne pacifique dans un cadre démocratique". Avec divers courants de partis de gauche, il forme l'Alianza Pais. Candidat anti-établissement, Rafael Correa promet de libérer l'Équateur de 500 années d'exploitation et entend faire table rase de l'oligarchie corrompue qui détient le pouvoir depuis plusieurs décennies. Il dénonce les élites politiques qu'il accuse de piller le pays pour servir leurs intérêts et ceux des grandes multinationales américaines au détriment des 13 millions d'Équatoriens, dont la moitié vit dans la plus grande pauvreté. Il attaque l'administration de George W. Bush et annonce un programme anti-américain radical: refus du Traité de libre-échange (TLC) avec les Etats-Unis, non-renouvellement du bail de la base militaire américaine de Manta (soupçonnée d'agir pour le compte d'Alvaro Uribe contre la guérilla marxiste des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie), révision à la hausse des impôts payés par les compagnies pétrolières étrangères, suspension du paiement de la dette extérieure et rupture des accords avec le Fonds Monétaire International. "Nous ne sommes ni chavistes, ni bachelettistes, ni kirchnéristes, mais nous sommes partie prenante du socialisme du XXIe siècle, qui cherche la justice sociale, la souveraineté nationale, la défense des ressources naturelles et une intégration régionale", déclare-t-il pendant la campagne électorale. Entre les deux tours de l'élection, il obtient le soutien d'un ample mouvement citoyen composé notamment des organisations de gauche — Pachakutik (parti indigéniste paysan), Mouvement Populaire Démocratique (MPD), Parti Socialiste (PS), Gauche Démocratique (ID), et 200 organisations sociales et indigènes dont la CONAIE. Le 26 novembre 2006, malgré l'opposition des grands médias qui soutiennent le candidat de la droite — le magnat de la banane Alvaro Noboa, homme le plus riche du pays — Rafael Correa remporte l'élection avec 56,8 % des voix et devient 56e président de la République d'Équateur.

Au printemps 2007, le nouveau président équatorien organise un référendum sur la création d'une Assemblée constituante chargée de promulguer une nouvelle constitution afin de mettre définitivement fin au vieux système "partitocratique". Le référendum est approuvé et une Assemblée nationale de 130 membres, dont 80 appartenant au mouvement présidentiel Alianza Pais, est élue le 30 septembre 2007. Doté de cette majorité confortable et du soutien des couches populaires, Rafael Correa entame ses réformes. Sur le plan économique, il double le montant de l'allocation sociale allouée aux plus pauvres, relève fortement le salaire minimum et les retraites, donne aux paysans de nouveaux délais de remboursement des crédits auprès de la Banque nationale de financement, réduit de moitié son propre salaire et ceux des hauts fonctionnaires du gouvernement, réhabilite les écoles et les hôpitaux et lance un grand programme de logement social. Après avoir expulsé le représentant permanent de la Banque mondiale à Quito, Rafael Correa se déclare par ailleurs favorable à la fondation d'une Banque du Sud qui réunirait sept pays d'Amérique latine (Argentine, Bolivie, Brésil, Equateur, Paraguay, Uruguay, Venezuela) afin de rompre la dépendance envers les institutions financières internationales et mener à bien leurs propres politiques de développement économique, social et culturel. Sur le plan diplomatique, Quito rompt en mars 2008 ses relations diplomatiques avec Bogota, après que l'armée colombienne eut attaqué une base des FARC sur le territoire équatorien, tuant une vingtaine de guérilleros, dont le numéro 2 des FARC, Raul Reyes (cette opération militaire intempestive d'Alvaro Uribe entrainera d'autre part la rupture des négociations entamées avec les FARC par Hugo Chavez pour la libération de l'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt). Il donne également son congé à l'armée américaine qui, à partir de la base de Manta sur la côte Pacifique, menait de très douteuses opérations de lutte contre le narcotrafic.

Plus globalement, Rafael Correa mène depuis son accession au pouvoir une politique basée sur cinq axes de réforme: constitutionnelle, éthique, économique, éducative et pour la dignité, la souveraineté et l'intégration latino-américaine, comme annoncé dans son discours d'investiture du 15 janvier 2007: "La nouvelle conduite économique de l'Equateur donnera la priorité à une politique digne et souveraine, c'est-à-dire, plus que libérer des marchés, libérer le pays des atavismes et des puissants intérêts nationaux et internationaux qui le dominent, avec une claire option préférentielle pour les plus pauvres et oubliés et en faisant passer l'être humain avant le capital". Plus inspiré par la théologie de la Libération que par le Marxisme, Rafael Correa n'est pas opposé à l'économie de marché. Il se réclame d'une gauche humaniste et chrétienne qui entend avant tout oeuvrer au développement humain et à l'éradication de la pauvreté. "Je suis humaniste, chrétien, de gauche. Humaniste, parce que pour moi, la politique et l'économie sont au service de l'homme; chrétien parce que je me nourris de la doctrine sociale de l'église; de gauche, parce que je crois en l'équité, la justice et la suprématie du travail sur le capital."

Le 25 avril 2009, Rafael Correa est réélu pour un second mandat de quatre ans après avoir remporté dès le premier tour l'élection présidentielle anticipée. Élu avec près de 52% des voix, il devance de 20 points son principal adversaire de droite, l'ex-colonel putschiste Lucio Guttierez. Avec cette ample victoire électorale, il renforce le désormais vaste camp des pays sud-américains opposés au leadership de Washington dans la région.

Le 30 septembre 2010, il est victime d'une tentative avortée de coup d'État. Officiellement pour s'opposer à une loi réduisant les salaires du secteur public, de hauts responsables des services de police équatoriens appelèrent à une grève générale, bloquèrent l'aéroport et investirent le bâtiment du Parlement équatorien. Séquestré une dizaine d'heures à l'Hôpital de la Police de Quito, Rafael Correa n'a pu être délivré par l'Armée qu'à la suite d'un violent affrontement entre les militaires et les policiers putchistes. Les combats qui se déroulèrent tout au long de la journée dans les rues de la capitale firent 8 morts et 275 blessés.