Bachar al-Assad
Bachar al-Assad

Bachar el-Assad (ou Bachar al-Assad), deuxième fils du président syrien Hafez al-Assad (1930-2000), est né le 11 septembre 1965 à Damas (Syrie).

Étudiant à l'école franco-arabe al-Hurriyet de Damas, il passe son baccalauréat en 1982 puis entame des études de médecine. Doctorat en poche, il exerce de 1998 à 1992 comme ophtalmologiste à l'hôpital militaire de Tishreen (banlieue de Damas), puis part à Londres pour se spécialiser en ophtalmologie. Dans la capitale britannique, il fait la connaissance de sa future femme, Asma al-Akhras, une Syrienne musulmane de confession sunnite.

Bachar el-Assad montre à l'époque peu d'intérêt pour la politique. Son père, qui restera au pouvoir de 1971 à 2000, a prévu de confier sa succession à son frère aîné, Bassel al-Assad. Mais ce dernier meurt dans un accident de voiture en 1994.

Contraint de revenir en Syrie, Bachar el-Assad intègre alors l'Académie Militaire de Homs tout en devenant PDG de la Société Informatique Syrienne (SCS, Syrian Computer Society, qui développe un réseau national pour l'internet et la téléphonie mobile). Dans l'armée, il est promu Major en 1995, Lieutenant-colonel en 1997, puis élevé au grade de Colonel du corps d'élite de la garde présidentielle en janvier 1999. Il effectue des missions de confiance pour le gouvernement syrien, rencontrant entre autres en tête à tête le présidents libanais Émile Lahoud et et le président français Jacques Chirac.

Une semaine après la mort de son père, survenue le 10 juin 2000, Bachar al Assad est nommé Secrétaire général du parti Baas (au pouvoir) et Commandant en chef des forces armées. Le Majlis (Parlement) abaisse l'âge minimum requis de 40 ans à 34 ans afin de lui permettre de présenter sa candidature à la tête de l'Etat. Le 10 juillet 2000, candidat unique élu par référendum, il devient le 16e Président de la République Arabe Syrienne.

Bachar el-Assad entame alors une politique de réformes économiques et politiques tout en restant dans la ligne dirigiste du Parti Baas qui prône un panarabisme socialiste. Pendant quelque mois, il lutte contre la corruption, réduit la censure, libère les prisonniers politiques et met enfin un terme à l'état d'urgence en vigueur depuis trois décennies. Cette période de démocratisation et de modernisation est baptisée par les Syriens "le Printemps de Damas".

Le jeune président syrien doit toutefois composer avec les membres les plus autoritaires du régime — dont certains hauts dignitaires de la communauté alaouite, une minorité de l'Islam chiite alliée à son père, très présente dans l'administration et les services de renseignement — qui n'acceptent guère cette vague de libéralisation du pays. Il met fin au mouvement à la fin de l'été 2001 en faisant arrêter plusieurs intellectuels militants d'opposition et en faisant comprendre à la population qu'une ligne rouge ne doit pas être franchie. Depuis, certaines organisations de défense des Droits de l'Homme dénoncent régulièrement le contrôle étroit de la société syrienne à travers des détentions arbitraires et des entraves à la liberté d'expression.

En 2001, il accueille le pape Jean-Paul II à Damas. Le 27 mai 2007 il est reconduit pour un second mandat de sept ans à la tête de la Syrie, avec 97,62% des suffrages exprimées.

En matière économique, il décrète la fin de l'étatisme au profit d'une "économie sociale de marché" et met en place des processus qui permettent notamment d'assainir les finances publiques, de moderniser le système bancaire, d'accueillir les investissements étrangers et de recapitaliser certaines entreprises publiques. La croissance passe en quelque années de 1% à près de 7%.

Côté politique étrangère, Bachar el-Assad commmence à jouer un rôle de plus en plus important sur la scène internationale, même si Israël et les Etats-Unis l'accusent toujours de soutenir des mouvements dits "terroristes" (Hezbollah, Hamas, Jihad islamique,..).

En 2003, malgré l'animosité régnant entre les deux régimes baasistes syrien et irakien, il prend position contre l'invasion de l'Irak au conseil de sécurité de l'ONU, ce que l'administration néo-conservatrice de George W. Bush lui fait payer en lui imposant des sanctions économiques et en le faisant diaboliser par les médias occidentaux.

Entre 2001 et 2005, il retire la totalité des forces armées syriennes installées au Liban mais fait en sorte de maintenir au pouvoir à Beyrouth le président Emile Lahoud, notoirement pro-syrien. Soutien de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et du régime iranien de Mahmoud Ahmadinejad, Bachar el-Assad critique ouvertement le bellicisme néo-colonial d'Israël et des Etats-Unis mais exprime toutefois publiquement sa volonté de paix avec les israéliens et entreprend en 2008, par l'intermédiaire de la Turquie, des négociations sur la question du plateau du Golan (région frontalière occupée illégalement par Israël depuis 1967).

La situation diplomatique tendue avec les pays européens — en particulier avec la France après l'assassinat du premier ministre libanais Rafic Hariri dont il est accusé d'être le commanditaire — semble se desserrer progressivement. Après l'avoir ostracisé, Nicolas Sarkozy, qui voit en lui l'un des futurs piliers de sa fumeuse "Union pour la Méditerranée", l'invite officiellement à assister aux cérémonies nationales du 14 juillet 2008 à Paris.

Les relations de Bachar el-Assad avec Washington s'améliorent également après l'élection de Barack Obama, en novembre 2008. Fait nouveau, un ambassadeur américain est nommé à Damas, même si les liens de la Syrie avec le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais continuent de nourrir la méfiance des Américains qui maintiennent toujours l'embargo imposé au pays.

Le président syrien développe en outre des partenariats économiques et stratégiques avec la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, l'Iran de Mahmoud Ahmadinejad, le Vénézuela d'Hugo Chavez, le Cuba de Fidel Castro et le Brésil de Lula da Silva. En octobre 2009, un accord d'association économique est également signé avec l'Union Européenne.

Au printemps 2011, comme la plupart des dirigeants arabes, Bachar el-Assad est confronté au défi de la rue. Plusieurs manifestations où sont scandés des slogans hostiles au régime ont lieu à Damas et dans les principales villes du pays. Les protestataires exigent de meilleurs salaires et plus de libertés politiques. Le 30 mars, le président syrien prononce un important discours devant le Parlement dans lequel il indique que les troubles dans le sud du pays sont fomentés par une minorité manipulée par des puissances étrangères (sont notamment visés Israël et les Etats-Unis). Il annonce des mesures pour lutter contre la corruption et le chômage et ordonne la levée de l'état d'urgence (en vigueur depuis 1963), qui est remplacé par une législation sur la lutte antiterroriste. Les manifestations continuent cependant, la plupart sévèrement réprimées par les forces de l'ordre dans les principaux foyers de contestation du pays. En mai 2011, les 27 Etats-membres de l'Union Européenne infligent un embargo sur les armes vers la Syrie ainsi qu'un gel des avoirs et une interdiction de visas à plusieurs personnalités du régime syrien, dont notamment le président Bachar el-Assad. Dans un discours public, le président américain Barack Obama met également en garde ce dernier, déclarant qu'il a le choix entre diriger la transition démocratique ou quitter le pouvoir. Le 31 mai, le président syrien propose l'ouverture d'un dialogue national avec l'opposition et décrète une amnistie générale pour tous les détenus politiques, y compris les membres de la confrérie des Frères musulmans. L'annonce est rejetée par l'opposition qui la juge insuffisante, trop tardive, et réclame la chute du régime, des élections libres et l'annulation de la suprématie du parti Baas qui gouverne le pays.

Le 20 juin 2011, dans un discours prononcé à l'Université de Damas et retransmis par la télévision d'Etat, Bachar al-Assad réaffirme que son pays fait face à un complot en raison de sa situation géographique et de sa position politique. Il décrète une nouvelle amnistie générale portant sur tous les crimes commis avant le 20 juin. Il annonce également que des élections législatives auront lieu en août et qu'un programme de réformes sera élaboré d'ici le mois de septembre 2011. La contestation ne faiblit cependant pas. Le 11 juillet, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton déclare publiquement que Bachar al-Assad "n'est pas indispendable [et qu'il] a perdu sa légitimité". Le 15 juillet, un million de syriens manifestent de nouveau contre le régime. Le 24 juillet, le gouvernement syrien approuve un projet de loi instaurant pour la première fois le multipartisme et la formation de partis politiques. Le 31 juillet, les forces de sécurité interviennent massivement dans les villes rebelles du pays pour écraser le mouvement de contestation, faisant 139 morts, dont une centaine à Hama, ville symbole de la lutte contre le pouvoir depuis la répression sanglante par Hafez El-Assad, en 1982, d'une révolte menée par les Frères Musulmans. Malgré un concert de critiques internationales — le Pape lançant un appel au dialogue, l'ONU ainsi que les monarchies du Golfe et la Ligue arabe demandant à Damas de cesser les violences — l'armée syrienne continue de réprimer dans le sang le mouvement de contestation, tuant 54 personnes le 7 août selon la Ligue syrienne des droits de l'Homme. Bachar al-Assad justifie ces interventions sanglantes par une lutte contre des "groupes armés" contrôlés de l'étranger qui terrorisent la population. Le 18 août, le président américain Barack Obama renforce les sanctions mis en place contre le régime et appelle publiquement son homologue syrien à quitter pouvoir.

Les affrontements entre manifestants et forces de sécurité auraient fait plus de 2.000 morts depuis le début du mouvement de contestation, selon certaines ONG. Plusieurs centaines de membres des forces de l'ordre auraient également été tués dans des embuscades ou des attaques lancées par les groupes terroristes, selon les autorités syriennes. Des milliers de syriens ont quitté le pays pour fuir les affrontements et se réfugier en Turquie ou au Liban.