Rafael Alberti

Rafael Alberti

Né le 16 décembre 1902 dans la ville côtière de Puerto de Santa Maria, près de Cadix (Espagne), Rafael Alberti part très jeune avec sa famille pour Madrid mais il n'oubliera jamais ses origines andalouses. Après des études dans un collège de Jésuites, il abandonne le baccalauréat pour se consacrer à la peinture. En 1920, il expose ses premières oeuvres — des paysages andalous — au Salon d'automne de Madrid, mais il se tourne bientôt vers la littérature. Influencé par les modernistes, de Ruben Dario à Juan Ramon Jimenez, le poète se fait connaître dès 1925 avec un recueil intitulé Marinero en tierra (Marin à terre), véritable chant d'amour à la mer, pour lequel il reçoit le Prix national de littérature. Il sera l'auteur d'une oeuvre où la mer, le folklore andalou et le langage de la rue jouent un rôle essentiel.

Rafael Alberti est sans doute le plus grand représentant de la génération de 27, l'un des courants les plus importants de la littérature espagnole, mais il est aussi un des témoins majeurs de l'histoire de l'Espagne au 20e siècle. Militant du Parti Communiste Espagnol (PCE) dès 1933, il n'a jamais renié ses convictions politiques. Pendant la guerre civile espagnole (1936-39), il s'engage sous les couleurs républicaines et devient secrétaire de l'Alliance des intellectuels anti-fascistes. Il voyage à Paris, Berlin, Rome, Moscou, et fonde à Madrid une revue de combat, Octubre. A la même époque, il entre dans la légende en sauvant d'un bombardement les quatre tableaux les plus importants du Musée madrilène du Prado, dont Les Ménines de Velazquez. A la fin du conflit il s'exile en France, où il gagne sa vie comme traducteur pour la radio, avant de se rendre en 1940 en Argentine. Il reste jusqu'en 1963 en Amérique Latine puis il s'installe à Rome. En 1965 il reçoit le Prix Lénine international. À son retour d'exil en 1977, deux ans après la mort de Franco, devant une foule immense venue l'accueillir à l'aéroport de Madrid, Rafael Alberti s'exclame: "J'ai quitté l'Espagne, le poing levé, et je reviens la main tendue en signe de paix et de réconciliation avec tous les Espagnols". Aux premières élections législatives de l'après-franquisme en 1977, il est élu député sur les listes du PCE mais il démissionne quelques mois plus tard.

Rafael Alberti a publié une cinquantaine de livres. Outre Marin à terre, ses autres principaux recueils — Sobre los angeles (Sur les anges, 1929, un sommet du Surréalisme espagnol), A la pintura (1948) et Roma peligro para caminantes (1968) — sont devenus aujourd'hui des classiques de la poésie espagnole. Il est également auteur de pièces de théâtre — El hombre deshabitado (L'homme inhabité, 1930), El adefesio (1944), Noche de guerra en el Museo del Prado (1954) — et d'un livre de Mémoires intitulé La arboleda perdida (1959 / 1987).

Portant souvent une chemise à fleurs, même pendant les cérémonies les plus solennelles comme la remise du Prix Cervantes de Littérature en 1983, Rafael Alberti a toujours fait preuve d'une très grande vitalité. Il a été l'ami entre autres de Federico Garcia Lorca, Pablo Picasso, Luis Bunuel, Salvador Dali, Ernest Hemingway, Louis Aragon ou encore Pablo Neruda. Marié à l'écrivain Maria Teresa Leon, décédée en 1988, il se remarie en 1990 avec Maria Asuncion Mateo, de 44 ans plus jeune que lui. Celle-ci deviendra la principale exégète de son oeuvre.

Rafael Alberti est mort le 27 octobre 1999, à l'âge de 97 ans. Selon ses dernières volontés, ses cendres ont été dispersés par ses proches dans les eaux du golfe de Cadix, qui fut sa première source d'inspiration. Il a souhaité que ses cendres soient dispersées "au milieu du golfe, si possible un jour calme, sans vent d'Est. On naviguera sur moi. Il se peut alors qu'une cendre vienne se prendre dans la belle chevelure de quelque baigneuse".