Jimmy Carter

Jimmy Carter

Invité du Festival littéraire de Hay-on-Wye (Pays de Galles, Grande-Bretagne), l'ancien président américain Jimmy Carter a déclaré qu'Israël dispose de l'arme atomique et possède au moins 150 missiles équipés d'ogives nucléaires. Interrogé par des journalistes du Times sur le programme nucléaire de l'Iran — accusé par Israël et certains pays occidentaux (les Etats-Unis de George W. Bush et la France de Nicolas Sarkozy en tête) d'avoir des visées militaires — Jimmy Carter a affirmé que "Les Etats-Unis ont plus de 12.000 bombes atomiques, la Russie environ autant, la Grande-Bretagne et la France en possèdent plusieurs centaines et Israël en a au moins 150".

L'information n'est certes qu'un secret de polichinelle car tous les spécialistes de la question assurent qu'Israël a développé depuis plusieurs décennies un tel arsenal, mais c'est la première fois qu'un président des Etats-Unis, allié stratégique et soutien indéfectible de l'Etat juif, confirme publiquement cet inquiétant état de fait. Selon la doctrine dite de "l'ambiguïté délibérée", Israël n'a jamais reconnu officiellement posséder la bombe atomique, tout en le laissant cependant supposer à des fins de dissuasion. Israël est le seul pays du Proche-Orient à avoir développé cet armement, en contravention flagrante des règles internationales sur la prolifération des armes nucléaires. L'opinion publique arabe estime surprenant que la communauté internationale ne se préocuppe pas de cette situation alors qu'elle sanctionne actuellement l'Iran pour son programme nucléaire civil et que les Etats-Unis ont déclenché une guerre en Irak sous le prétexte de présumées armes de destruction massive.

Lors du même rendez-vous de Hay-on-Wye, Jimmy Carter a également déclaré que le blocus actuellement imposé aux Palestiniens par Israël dans la bande de Gaza était "l'un des plus grands crimes contre les Droits de l'homme". Il a en outre plaidé pour que les États-Unis entament des négociations directes avec l'Iran au sujet de son programme nucléaire, suggérant que Washington renoue des relations commerciales avec Téhéran et lui fournisse de la technologie nucléaire civile en signe de bonne volonté.

En avril dernier, Jimmy Carter a effectué une tournée au Proche-Orient dans le but d'y faire avancer le processus de paix. Au grand dam des administrations Bush et Olmert, il a notamment rencontré le chef politique du Hamas palestinien, Khaled Mechaal (en exil à Damas), indiquant que ce dernier était prêt à discuter un accord de paix avec Israël sous certaines conditions. Selon lui, le Hamas accepterait un Etat palestinien, dans les frontières de 1967, sous réserve que soit reconnu le retour des réfugiés palestiniens en exil, et si l'accord est approuvé par référendum par les Palestiniens. George W. Bush et Ehud Olmert — qui a refusé de rencontrer l'auteur de Palestine : la paix, pas l'apartheid — sont restés sourds à cette avancée significative. Le leader du Hamas a par la suite démenti la proposition. Pour Jimmy Carter, "le problème réside dans le fait qu'Israël et les États-Unis refusent de négocier avec le Hamas".

Jimmy Carter, président démocrate des Etats-Unis de 1977 à 1981, artisan du premier traité de paix entre l'État hébreu et un pays arabe (Accords de Camp David en 1978 entre l'Égypte et Israël) et Prix Nobel de la Paix 2002, est depuis quelques mois très impliqué dans la recherche d'une solution au conflit israélo-palestinien.