Jimmy Carter

Jimmy Carter

L'ancien président américain démocrate Jimmy Carter, Prix Nobel de la paix 2002, dénonce dans Palestine : Peace Not Apartheid (Palestine: la paix pas l'apartheid) la politique d'apartheid menée par Israël à l'encontre des palestiniens.

Déclenchant une intense polémique aux Etats-Unis, Jimmy Carter estime en effet que le terme d'apartheid — qualifiant à l'origine le système ségrégationniste basé sur le racisme et le nationalisme du régime blanc afrikaner d'Afrique du Sud — est parfaitement justifié concernant la politique de l'Etat hébreu en Palestine. "Mon livre décrit l'oppression et les persécutions dans les territoires palestiniens occupés, le système rigide de laissez-passer et la ségrégation entre citoyens palestiniens et colons juifs en Cisjordanie (...). De bien des manières, c'est plus oppressant que quand les Noirs vivaient en Afrique du Sud au temps de l'apartheid", a-t-il déclaré à la presse qui le sommait de s'expliquer. Presque pour lui donner raison, au moment même où il défendait son livre, Israël interdisait à une mission officielle de l'ONU — menée par Desmond Tutu, évêque sud-africain récompensé en 1984 par le Prix Nobel de la Paix précisément pour sa lutte contre l'Apartheid — d'enquêter sur le massacre commis par l'armée israélienne à Beit Hanoun (Palestine), où 19 civils palestiniens ont été tués en novembre dernier.

Principal artisan des accords de Camp David qui scellèrent la paix entre Israël et l'Egypte en 1978, Jimmy Carter suit depuis sa présidence (1977-1980) l'évolution du processus de paix israélo-palestinien. Il en retrace toutes les étapes dans son livre qui est également le fruit de ses trois missions d'observation des élections tenues en 1996, 2005 et 2006 dans les Territoires palestiniens. Imputant l'impasse actuelle à l'ensemble des parties, Jimmy Carter se montre cependant le plus critique à l'égard d'Israël, qu'il estime principal responsable de la durée de ce conflit né en 1948 avec l'installation de l'Etat juif sur les terres palestiniennes et qui a déjà fait des dizaines de milliers de morts (en matière de décompte macabre on estime à 20 palestiniens morts pour un israélien). Pour Jimmy Carter, Israël, par son occupation coloniale et militaire des territoires palestiniens, sa confiscation avec l'accord tacite de l'administration Bush des régions les plus intéressantes stratégiquement et économiquement, son mur de béton construit le long de la frontière avec la Cisjordanie, ses restrictions mises à la liberté de circulation des Palestiniens, ses destructions massives de maisons, son blocus économique, ses assassinats ciblés relevant du terrorisme d'Etat, sans parler de l'arrogance de ses dirigeants coupables de crimes contre l'humanité restés impunis, se révèle au final le principal acteur responsable de la violence et du désastre géopolitique.

La publication de Palestine : la paix pas l'apartheid de Jimmy Carter a suscité une levée de boucliers des très influentes organisations juives aux Etats-Unis et les grands médias néo-conservateurs du pays, farouchement pro-israéliens pour la plupart, n'ont pas manqué de dresser le procès en sorcellerie de l'ancien locataire de la Maison-Blanche qui se retrouve accusé d'indécence, de gâtisme et d'antisémitisme. Une pétition a même été lancée par le Centre Simon Wisenthal, l'un des principaux groupes mondiaux de défense des intérêts juifs, contre ce nouveau "porte-parole virtuel de la cause palestinienne" à qui il veut rappeler que "la vraie raison pour laquelle il n'y a pas la paix au Proche-Orient est le terrorisme et le fanatisme perpétuel des Palestiniens".

En dépit de ces violentes attaques, Jimmy Carter, dont le livre est en train de devenir un best-seller mondial, estime que son objectif inital est atteint. Pour lui il était en effet important de casser le tabou et de créer enfin un débat sur la politique d'Israël car, jusqu'à présent, une véritable chape de plomb étouffe la question aux Etats-Unis. Selon lui, ce sujet controversé est débattu intensément en Israël et dans d'autres pays mais pas aux États-Unis. "Il y a dans ce pays une formidable intimidation qui réduit nos concitoyens au silence", dit-il, ajoutant que ce silence est le fait non seulement "d'individus ou de personnes candidates à des fonctions électives mais aussi des médias". Devant la puissance médiatique du lobby pro-israélien il estime qu'il est actuellement "suicidaire pour les parlementaires américains de défendre une position équilibrée entre Israël et la Palestine, de suggérer qu'Israël doit se conformer aux résolutions internationales et de parler de Justice et de Droits de l'homme pour les Palestiniens".