Le Hamas

Le Hamas

Alors que la Bande de Gaza subit un blocus quasi total imposé par Israël, le Hamas a célébré samedi 15 décembre le 20e anniversaire de sa création. Plus de 300.000 palestiniens partisans du Mouvement de la Résistance Islamique se sont rassemblés dans le centre ville de Gaza pour écouter les discours des dirigeants.

S'appuyant sur cette forte mobilisation, Ismaïl Haniyeh, premier ministre palestinien démissionnaire aujourd'hui chef du gouvernement du Hamas, en a tiré la conclusion que son mouvement était le seul véritablement capable de résister à l'Etat hébreu jusqu'à la libération des territoires palestiniens. "Aujourd'hui est le jour du djihad, de la résistance et du soulèvement. [...] Ceux qui restent fidèles aux droits de leur peuple, ceux qui combattent l'ennemi américain et l'occupation sioniste gagnent en popularité. Et c'est le Hamas !", a-t-il déclaré. Tout en appelant à la reprise d'un dialogue interpalestinien "sans gagnant, sans perdant et sans conditions", il a dénoncé les discussions de paix entre le premier ministre israélien Ehud Olmert et le président de l'autorité palestinienne Mahmoud Abbas, assurant qu'elles ne feront pas cesser les constructions de colonies juives et l'oppression dont est victime le peuple palestinien.

Dans un discours télévisé, Khaled Mechaal, chef du bureau politique du Hamas en exil à Damas (Syrie), a de son côté réaffirmé sa volonté de voir naître une Palestine libre et indépendante, avec un gouvernement "non soumis aux américains et aux sionistes qui tentent de séparer la question palestinienne de ses profondeurs arabes et islamiques". Le leader islamiste estime que Mahmoud Abbas, qui a maintenant l'appui des pays occcidentaux pour négocier avec Israël mais qui ne contrôle plus que la Cisjordanie, n'a pas le soutien du peuple palestinien. Concernant la récente Conférence d'Annapolis organisée par George W. Bush, il juge que cette réunion avait pour but de légitimer le blocus et les agressions israéliennes contre Gaza. Enfin, saluant le rôle des factions palestiniennes armées — Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, Brigades d'Ezzedine Al-Qassam (branche militaire du Hamas), Sarayas d'Al-Qods (branche militaire du Djihad islamique, etc..), il a lancé un message à Israël: "Notre peuple est capable de lancer une troisième et une quatrième Intifada jusqu'à la victoire", a-t-il affirmé.

Mouchir El Masri, autre leader du Hamas, a quant à lui menacé Israël de nombreuses pertes en cas d'opération militaire de grande envergure dans la bande de Gaza. "Nous avons déjà creusé des tombes pour vous", a-t-il lancé.

Le Hamas, fondé par le cheikh Ahmed Yassine (Parti des Frères Musulmans) au début de la première Intifada, en décembre 1987, a remporté les élections législatives palestiniennes de janvier 2006 avant de s'emparer du pouvoir dans la Bande de Gaza en juin dernier, après une semaine de combats fratricides avec les partisans du Fatah, le mouvement rival de Mahmoud Abbas. Il prône la lutte armée contre l'occupation israélienne et revendique l'instauration d'un Etat palestinien sur tout le territoire de la Palestine historique de 1948. Malgré la diabolisation et la guerre totale menée contre le Hamas par Israël — notamment par l'élimination de ses dirigeants (assassinats d'Ahmed Yassine et d'Abdelaziz al-Rantissi en 2004) — il n'a cessé de gagner en popularité depuis les deux soulèvements palestiniens de 1987 ("Révolte des pierres") et 2000 ("Intifada Al-Aqsa") en Cisjordanie et à Gaza. La communauté internationale le considère comme une "organisation terroriste" et Israël a décrété la bande de Gaza "entité hostile", isolant et transformant cette enclave de 362 km2 où s'entassent 1,5 million de Palestiniens en véritable prison à ciel ouvert.

Depuis l'installation du Hamas à Gaza, l'Etat hébreu, en violation du droit international mais avec le soutien tacite de l'administration Bush, y impose un blocus économique tandis que Tsahal y mène régulièrement des incursions qui ont fait plusieurs dizaines de morts ces dernières semaines. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la Banque mondiale et le département des affaires humanitaires de l'Organisation des Nations Unies (ONU) viennent de tirer la sonnette d'alarme sur les conditions de vie de la population, aujourd'hui dans une "situation sanitaire alarmante" et soumise à des "dommages irréparables" en raison du bouclage israélien.

Un rapport sur le sujet sera présenté lundi 17 décembre à Paris lors de la Conférence des donateurs pour la Palestine qui doit réunir autour de Mahmoud Abbas, entre autres Ban Ki-moon (Secrétaire général de l'ONU), Condoleezza Rice (Secrétaire d'État américaine), Sergueï Lavrov (Ministre russe des Affaires étrangères) et Tzipi Livni (Ministre israélienne des Affaires étrangères). Mahmoud Abbas, qui a rencontré Nicolas Sarkozy hier, attend quelque 5,6 milliards de dollars destinés à soutenir le "plan de réforme et développement" proposé par son gouvernement en vue de la création d'un futur Etat palestinien. Ce soutien financier de la communauté internationale est indirectement destiné aussi à éradiquer la menace islamiste du Hamas.