Donald Rumsfeld

Donald Rumsfeld

L'ancien Secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld, arrivé vendredi 26 octobre à Paris pour participer au Cercle interallié à une conférence-débat organisée par la revue Foreign Policy, fait l'objet d'une nouvelle plainte pour "tortures". Celle-ci a été déposée jeudi 25 octobre auprès du procureur du Tribunal de Grande Instance de Paris par quatre organisations de défense des droits de l'homme: La Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH, Paris), la Ligue des Droits de l'Homme (LDH, Paris), le Center for Constitutional Rights (CCR, New York) et l'European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR, Berlin). Les plaignants accusent Donald Rumsfeld d'être l'instigateur et principal responsable des tortures et traitements inhumains et dégradants qui ont eu lieu sur la base américaine de Guantanamo (Cuba) et à la prison d'Abou Ghraib (Irak). Invoquant le principe reconnu en Droit français de "compétence universelle" (La France est signataire de la Convention internationale de 1984 contre la torture et l'a déjà utilisée pour connaître de crimes de torture commis à l'étranger), les ONG assortissent leur plainte d'une demande d'arrestation et de détention pendant que Donald Rumsfeld se trouve sur le territoire français.

Alors qu'il était Secrétaire à la Défense, poste qu'il a quitté forcé et contraint en décembre 2006, cette âme damnée de George W. Bush chargée des opérations militaires "s'est rendu coupable d'agissements de nature à engager sa responsabilité personnelle en ayant autorisé et ordonné la commission de crimes de torture et de crimes de torture constitutifs en outre de crimes de guerre", selon les associations. A l'appui de leur plainte, elles produisent plusieurs mémorandums signés par Rumsfeld en 2002 et 2003 qui autorisent des techniques musclées d'interrogatoire assimilables à des tortures (privation de sommeil, températures extrêmes, humiliations sexuelles, emploi de chiens menaçants, etc.), ainsi qu'un certain nombre de témoignages d'anciens détenus et de militaires américains, dont ceux de Mohamed Al-Qahatani, emprisonné à Guantanamo, et de Janis Karpinski, ancien commandant de l'armée américaine en charge du Centre de détention d'Abou Ghraib.

Les ONG dénoncent l'inaction des autorités américaines, y compris de l'opposition démocrate, pour faire la lumière sur ce "programme de torture" mis en place par Donald Rumsfeld et rappellent que, les Etats-Unis ayant refusé de ratifier le Statut de la Cour pénale internationale, il appartient aux Etats comme la France de s'occuper directement de tels cas de crimes de guerre. Pour Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue française des Droits de l'Homme, "l'impunité d'un gouvernant criminel est toujours intolérable. Parce que les Etats-Unis sont l'hyper-puissance de ce début de siècle et surtout parce qu'ils sont une démocratie, l'impunité de Donald Rumsfeld est plus insupportable encore que celle d'un Hissène Habré ou d'un Radovan Karadzic". Pour Patrick Baudouin, président d'honneur de la FIDH, cette plainte est un symbole fort car elle met en cause "les abus commis par les Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001, lorsqu'ils se sont affranchis du droit international" pour soi-disant lutter contre le terrorisme.

Il s'agit de la cinquième plainte déposée contre Donald Rumsfeld pour son implication dans des actes de torture. Deux plaintes pénales déposées en Allemagne en 2004 et en 2006 en application du principe de compétence universelle n'ont pas abouti, la justice s'étant déclarée incompétente suite à des pressions diplomatiques des Etats-Unis. Deux autres plaintes ont été introduites en Argentine en 2005 et en Suède en 2007.

Donald Rumsfeld, né à Chicago le 9 juillet 1932, ancien pilote dans l'US Navy, champion de lutte et riche industriel, a occupé à deux reprises le poste de Secrétaire à la Défense des États-Unis, d'abord de 1975 à 1977 dans le gouvernement de Gerald Ford, puis de janvier 2001 à décembre 2006 sous George W. Bush. Pendant ses dernières années au Pentagone, il a conduit les Etats-Unis dans deux guerres, contre l'Afghanistan en 2001 et contre l'Irak en 2003, sous prétexte de lutte antiterroriste internationale à la suite des attentats du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center de New York. Particulièrement incompétent, désinvolte, arrogant et affairiste, c'est notamment à lui et à quelques autres faucons néo-conservateurs républicains proches de George W. Bush (Dick Cheney, Richard Perle, Paul Wolfowitz,..) que l'on doit l'invention des soi-disant "armes de destruction massive" de Saddam Hussein utilisée pour justifier l'invasion de l'Irak, provoquant le désastre que l'on connaît. Le même genre de propagande antiterroriste est de nouveau utilisé aujourd'hui pour aller bombarder l'Iran, propagande d'ailleurs employée également par le nouveau président français Nicolas Sarkozy, qui n'a semble-t-il rien à envier en la matière à ces sinistres criminels fauteurs de guerres.