George W. Bush

George W. Bush

Alors que l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique (AIEA) referme provisoirement pour l'ONU le dossier du nucléaire iranien, George W. Bush s'en est lui de nouveau violemment pris à l'Iran dans une diatribe aux accents guerriers rappelant celles lancées pour justifier l'attaque de l'Irak en 2003.

Dans ce discours prononcé mardi 28 août à Reno (Nevada) devant l'American Legion, principale association américaine d'anciens combattants, le président américain a fustigé le régime du président iranien Mahmoud Ahmadinejad et a brandi le spectre d'un "holocauste nucléaire" si l'Iran se dotait de la bombe atomique. Selon lui, "les efforts de l'Iran pour acquérir la technologie pouvant mener à des armes nucléaires font planer la menace d'un holocauste nucléaire sur une région déjà connue pour l'instabilité et la violence qui y règnent". Associant pêle-mêle Al-Qaeda, le Hezbollah, le Hamas et le Jihad islamique, il a décrit l'Iran comme "le premier État au monde en matière de soutien au terrorisme" et a accusé directement les Gardiens de la révolution — parti de Mahmoud Ahmadinejad que Washington veut inscrire sur la liste noire des organisations terroristes — de financer, d'armer et d'entraîner avec l'aide du Hezbollah les insurgés irakiens, exigeant que l'Iran "cesse immédiatement ses agissements criminels".

Tentant de défendre sa "stratégie" d'occupation de l'Irak avant de demander au Congrès américain 50 milliards de dollars de fonds supplémentaires pour financer la guerre, George W. Bush estime en outre que si les Etats-Unis étaient aujourd'hui contraints de quitter le pays, le champ serait libre pour "tous les extrêmistes", sunnites ou chiites, et "l'Iran pourrait en conclure que nous avons été faibles car nous n'aurions pas pu les empêcher d'obtenir l'arme nucléaire". "La façon la plus efficace et la plus rapide de contrer les ambitions d'Al-Qaeda, de l'Iran et des autres forces d'instabilité et de terreur est de gagner la lutte en Irak", a-t-il affirmé, martelant qu'il ferait tout pour empêcher l'Iran de se doter de la bombe atomique. "Les agissements de l'Iran menacent partout la sécurité des nations. C'est pourquoi les Etats-Unis rallient leurs amis et leurs alliés tout autour du monde pour isoler ce régime, et lui imposer des sanctions économiques. Nous ferons face à ce péril avant qu'il ne soit trop tard", a-t-il encore ajouté.

L'accord conclu le 22 août dernier entre l'Iran et l'AIEA, officialisant notamment un nouveau calendrier de travail sur le programme nucléaire civil développé par l'Iran, risque toutefois de contrarier les visées guerrières de George W. Bush en donnant des arguments aux pays comme la Russie et la Chine, opposés à de nouvelles sanctions contre l'Iran. Cet accord de coopération pourrait en effet retarder de plusieurs mois le vote à l'ONU d'une nouvelle résolution - la troisième — appelant à sanctionner l'Iran, comme le veulent à tout prix les Etats-Unis et le Royaume-Uni, auxquels s'ajoute désormais la France de Nicolas Sarkozy, le président de la République française étant clairement devenu le nouveau "caniche" européen de George W. Bush en place de Tony Blair. Un Nicolas Sarkozy qui n'a d'ailleurs pas manqué lui aussi de jouer sur la peur et d'agiter la menace nucléaire en déclarant, lors de la Conférence annuelle des ambassadeurs tenue lundi 27 août à l'Elysée, qu'un Iran doté de l'arme nucléaire était pour lui "inacceptable" et que la démarche des "sanctions croissantes" contre le pays de Mahmoud Ahmadinejad était "la seule qui puisse nous permettre d'échapper à une alternative catastrophique: la bombe iranienne ou le bombardement de l'Iran". Aucun des deux présidents américain et français, pleinement alignés sur le très va-t-en guerre Israël qui souhaite la destruction de la République Islamique d'Iran, ne font toutefois allusion à la bombe atomique dont Israël s'est lui déjà doté en toute illégalité au regard du droit international.

Pour sa part le président iranien Mahmoud Ahmadinejad — se référant à l'accord conclu avec l'AIEA mentionnant que, pour ce qui concerne les expérimentations avec le plutonium, "les déclarations passées de l'Iran sont conformes aux conclusions de l'agence" — a déclaré qu'aucun pays "n'a autant coopéré avec l'agence que l'Iran". Pour lui le dossier du nucléaire est clos car "l'Iran mène ses activités nucléaires civiles et pacifiques dans le respect des normes de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique, en stricte conformité avec le droit international". "Téhéran ne cherche pas à posséder l'arme nucléaire", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse, et l'Iran poursuivra donc son programme nucléaire civil malgré l'opposition des Etats-Unis. Il a par ailleurs indiqué que son pays n'intervenait pas dans les conflits qui secouent l'Irak. Il estime que l'insécurité actuelle du pays profite surtout aux occupants américains, qui sont cependant en train de perdre la guerre, enlisés à la fois en Afghanistan et en Irak. Concernant les propos de Nicolas Sarkozy sur l'éventuel bombardement de l'Iran, il a estimé qu'ils traduisaient son "manque d'expérience". "Il manque encore d'expérience, c'est-à-dire qu'il ne comprend pas vraiment le sens de ce qu'il dit", a déclaré le président iranien. Une raillerie que l'intérressé peut sans doute prendre aussi comme un avertissement.